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Les marocains

Enfants de l’immigration, Belges au Maroc et marocain en Belgique ...Partie 2

OLIVIER BAILLY , Le monde diplomatique, Fév2006

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Parmi les candidats aux élections, on compte d’ailleurs de plus en plus de Belges d’origine étrangère, et notamment marocaine : c’est le cas de 10 % des élus et de sept échevins (maires adjoints) des dix-neuf communes du « grand Bruxelles » (14).

Parmi les candidats aux élections, on compte d’ailleurs de plus en plus de Belges d’origine étrangère, et notamment marocaine : c’est le cas de 10 % des élus et de sept échevins (maires adjoints) des dix-neuf communes du « grand Bruxelles » (14). « L’intégration politique des Marocains est un indicateur significatif, insiste Ahmed Medhoune. L’assouplissement des conditions d’obtention de la nationalité constitue une grande spécificité de la Belgique. Il permet au groupe d’acquérir une influence sur la vie politique, les différentes sensibilités étant ainsi mieux prises en compte. Il a, du même coup, fait reculer le racisme, qui est devenu plus sournois. Reste qu’on parle désormais des Marocains de manière moins choquante. L’insécurité juridique a disparu, et avec elle les mesures de retour. »

Mais la politique n’est pas le seul champ d’émergence des Belges d’origine marocaine : ceux-ci s’affirment aussi progressivement comme journalistes, économistes, comédiens, sportifs, chanteurs, sociologues ou encore hommes d’affaires. Ainsi, le quarantième anniversaire de l’accord bilatéral de main-d’œuvre belgo-marocain de février 1964 a vu revendiquer ouvertement cette alchimie réussie entre les cultures.

Pour preuve de cette réussite, la seconde édition du guide de la communauté belgo-marocaine, Bruxelles à la menthe (15), publiée en 2005. L’éditeur, M. Saïd El Maliji, y rassemble des souvenirs d’écolier sur les bancs de la gemeenteschool (école communale) de Zaventem. Autre exemple d’identités multiples affirmées, le magazine oriental Afrah (16) propose des rubriques comme « manger intelligent pendant le ramadan » et affiche des photos de mode où un mannequin porte des vêtements musulmans. Fait rare en Belgique, ces deux publications sont bilingues, alternant des articles en français et en néerlandais.

Dans son One Human Show, le comédien Sam Touzani exprimait son identité multiple. Il y racontait l’arrivée de son père, « parti du Maroc sur un coup de tête, enfin un coup d’estomac », et sa vie de « nouveau Belge » à visage arabe. « Ce cauchemar que j’ai parfois, vous savez, celui où on m’accuse d’être d’origine marocaine, eh bien, je l’ai fait hier, oui, mais hier on m’accusait d’être... belge ! Mais moi, je leur répondais : “Je suis belge, enfin marocain, enfin berbère, non rifain, africain du Nord, mais européen, non citoyen du monde... Je suis tout ce que vous voudrez, mais foutez-moi la paix !” »

 

Comme beaucoup d’autres, Sam Touzani sait que, s’il importe de poser la question des identités, il n’est pas décisif d’y apporter une réponse. En tout cas une réponse tranchée. L’identité culturelle n’a rien d’un match de football où le spectateur immigré devrait soutenir son pays d’accueil face à sa nation d’origine, comme dans la prétendue preuve d’intégration popularisée par le « test du cricket » de Lord Tebbit en Grande-Bretagne (17). Cette logique, dans laquelle la victoire d’un camp implique inévitablement la défaite de l’autre, ne saurait s’appliquer à l’identité. Comme si le goût pour les moules-frites excluait le plaisir du couscous ! Devenir belge ne signifie pas ne plus être marocain.

Comme bien des nations européennes, la Belgique devient de plus en plus multiculturelle, une évolution que les mariages mixtes accélèrent (18). « Le prénom le plus fréquemment donné aux nouveau-nés, à Bruxelles, c’est Mohammed, rappelle Fadila Laanan. Un signe de la diversité croissante de la société belge, à Bruxelles plus qu’ailleurs. Nous devons trouver les moyens d’assurer la cohabitation, afin de vivre ensemble pacifiquement, en respectant la liberté de chacun. »

Depuis le 11 septembre 2001, on pointe plus fréquemment l’identité religieuse des Belges d’origine marocaine pour expliquer leurs difficultés à s’intégrer. Les uns n’hésitent pas à affirmer la supériorité de la civilisation occidentale. D’autres prétendent que l’islam serait incompatible avec les valeurs démocratiques. « Etre belge et musulman, c’est possible, bien sûr, répondent les élèves de l’athénée Serge-Creuz. L’islam que nous voyons ici ne ressemble en rien à ce qu’en montrent les actualités télévisées. »

S’adapter à une société aux changements profonds est exigeant. Et, comme le constatent eux-mêmes les Belges d’origine marocaine, le « racisme » est aussi utilisé par des jeunes pour justifier leur inertie et se déresponsabiliser.

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