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Orientales

Saida Abad, première conductrice de train du Maroc

Entretien accordé à Kay Parris

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Comment êtes-vous devenue la première conductrice de train du Maroc ?
Je suis entrée dans la compagnie ferroviaire marocaine en 1992, en tant qu'employée administrative au service technique. J'aimais beaucoup ce travail, mais mon père était conducteur de train et je rêvais de suivre sa trace.

Quelques années plus tard, la compagnie a lancé un programme destiné à aider les femmes à monter dans la hiérarchie ou à diversifier leurs domaines de compétences.
Quatre femmes ont suivi cette formation, mais j'étais la seule à vouloir être conductrice. Cette expérience a été renouvelée et nous comptons désormais 8 conductrices de train.

Mais quand j'ai réussi mon examen, ce type de fonction était si rare pour les femmes qu'on en a parlé dans les journaux. J'ai eu ma petite heure de gloire. J'ai même rencontré notre roi, et j'ai conduit son train.

Comment vos collègues masculins ont-ils réagi ?
J'ai été surprise de constater qu'ils étaient très heureux d'avoir une femme à leurs côtés et qu'ils acceptaient très bien que de nouvelles perspectives s'ouvrent aux femmes, pas seulement dans les chemins de fer, mais aussi dans le transport par taxi et bus et dans d'autres secteurs. Seuls quelques chauffeurs plus âgés étaient réticents au départ.

Pendant mes premiers mois de conduite, quand le train devait s'arrêter pour un simple problème technique et que des passagers remontaient jusqu'au poste de conduite pour savoir ce qui se passait, il leur arrivait de s'exclamer, en me voyant : «Ah ! Tout s'explique !».

Mais à chaque fois que j'en avais l'occasion, je rétorquais : «Estimez-vous heureux de voir une femme à ce poste, car les femmes ne badinent pas avec la sécurité et ralentissent les trains avec plus de douceur que les hommes !»

Pouvez-vous nous décrire vos journées ?
Je me lève à 6 h 30. Je réveille mes deux enfants, je leur donne une douche, je les habille et je les prépare pour l'école. Chaque jour avant de partir, ils m'embrassent en me disant «Que Dieu te protège, maman», parce qu'ils ne veulent pas qu'il m'arrive quoi que ce soit. J'emporte cette bénédiction dans mon cœur chaque jour. Je prépare leur déjeuner et je pars au travail, où j'arrive vers 11 h 30.

Je travaille plus ou moins en continu toute la journée, sur trois lignes différentes, jusque 18 h 00. Je n'ai pas de pause-déjeuner, mais j'ai une pause de 15 minutes entre les trajets, quand j'attends le prochain train que je devrai conduire.

Je suis fatiguée quand je rentre à la maison, mais j'aide les enfants à faire leurs devoirs et je prépare le dîner, que nous mangeons tous ensemble.

J'adore mon travail, mais parfois j'en ai assez, parce que je n'ai pas suffisamment de temps pour mes enfants ou pour moi.

Quelles sont les autres difficultés de ce travail ?
En général, il n'y en a pas d'autre – il suffit d'appliquer ce qu'on vous a enseigné. Mais bien entendu, il y a parfois des moments difficiles. J'ai par exemple déjà été confrontée au suicide d'un jeune homme qui s'est jeté sous le train. Je ne pouvais absolument rien faire. Vous avez beau freiner, le train est lancé et son inertie fait qu'il faut du temps avant qu'il ne s'arrête totalement.

Je n'ai reçu aucun soutien psychologique de la part de la compagnie et je n'ai pas été suivie, mais j'ai pu prendre un jour de congé. J'ai beaucoup pleuré.

Votre travail, que signifie-t-il pour vous ?
Il signifie que je suis une femme forte, qui peut se mesurer aux hommes. On me respecte pour cela. Et mes enfants sont fiers de moi.

Je défends aussi les droits des autres conducteurs de train, hommes et femmes. J'ai toujours été syndiquée, mais maintenant, je suis déléguée.

Entretien accordé à Kay Parris

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