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Histoire

Inextricable, le conflit du Sahara occidental rebondit

Par Khadija Finan, Le monde Diplomatique, Janv.2006

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Pour avoir participé à des manifestations contre la présence marocaine au Sahara occidental, 14 Sahraouis emprisonnés dans des conditions extrêmement pénibles ont comparu devant la justice, à El-Ayoun, le 13 décembre, et ont été lourdement condamnés.

Certes, l’Organisation des Nations unies juge que le problème de ce territoire, annexé en 1975 par le Maroc, doit être réglé à travers la tenue d’un référendum d’autodétermination, mais Rabat n’en veut pas.

L’évolution du dossier du Sahara n’est pas favorable au Maroc. Notre opinion publique sent confusément que notre cause est sur une pente glissante. Elle pressent aussi qu’un dénouement défavorable à ce conflit augurera d’une période d’instabilité probablement cataclysmique pour l’avenir du pays. La monarchie aura beaucoup de mal à survivre à un tel échec, et le pays en paiera un prix élevé. » C’est ainsi que, dans une lettre ouverte au roi du Maroc Mohammed VI publiée en août 2005, le journaliste marocain Aboubakr Jamaï, directeur du Journal hebdomadaire, soulignait la gravité de la situation au Sahara occidental, où les événements ne cessent de s’accélérer.

Depuis mai 2005, les manifestations sécessionnistes se sont succédé à El-Ayoun et à Smara, les deux grandes villes sahariennes : leur violente répression a rendu la situation explosive, notamment à la fin octobre (voir « Peur et silence à El-Ayoun »). Par ailleurs, en août, exprimant l’intérêt nouveau de Washington pour la résolution de la crise, les efforts diplomatiques américains ont permis la libération des quatre cent quatre derniers prisonniers marocains détenus par le Front Polisario. Enfin, en septembre, après les démissions successives de M. James Baker et de M. Alvaro de Soto, M. Peter Van Walsum a été nommé envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies.

Ces trois événements représentent un tournant dans l’histoire du conflit : chacun des protagonistes continue de camper sur des positions inconciliables, et l’Organisation des Nations unies (ONU) mesure combien il sera difficile de trouver une issue à ce litige vieux de trente ans. En outre, les manifestations d’El-Ayoun et de Smara montrent que, par-delà le phosphate, les richesses halieutiques et les enjeux politiques pour les régimes marocain et algérien, la gestion du conflit au Sahara occidental dépasse, par la force des choses, les cercles restreints de décideurs enfermés dans des schémas désuets.

Depuis 1975, au nom de ses « droits historiques », le Maroc revendique l’annexion du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole. Il occupe le territoire sur lequel, dès 1979, la Mauritanie a abandonné ses prétentions. De son côté, le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, estime que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes légitime l’accession à l’indépendance de l’ancien territoire espagnol. Dans un premier temps, le conflit profite à chacun des pays limitrophes du Sahara, qui cherchent à consolider leur nouvelle autorité d’Etats souverains. Progressivement, il va cependant empêcher toute coopération bilatérale et bloquer la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Mais le trône marocain voit aussi dans cette guerre un formidable moyen de réaliser l’union sacrée autour de lui, désarmant ainsi les critiques de partis de gauche, éloignant vers le sud une armée remuante et renforçant sa légitimité, entamée par les crises sociales et politiques des années 1970  (1). Pour l’Algérie, qui n’a pas de revendications officielles sur la zone, le Sahara occidental a toujours représenté un enjeu de politique intérieure. Au moins jusqu’à la disparition du président Houari Boumediène, en 1978, Alger entendait limiter les alliances occidentales du voisin marocain  (2). Et les généraux cherchaient à consolider leur pouvoir par une surenchère nationaliste.

Durant la seconde moitié des années 1970, le Maroc refuse de négocier « ne serait-ce qu’un pouce » du Sahara, dont il proclame la « marocanité » au nom de son « intégrité territoriale ». Cependant, le Front Polisario inflige de sérieux revers aux Forces armées royales (FAR), dans une guérilla qui le favorise tant sa connaissance du terrain est supérieure. En 1981, le roi Hassan II accepte alors le principe d’un référendum d’autodétermination, tout en cherchant à faire évoluer les rapports de forces. Par la construction de murs de défense protégeant les zones habitées des incursions du Front Polisario, l’armée marocaine réussit à mettre fin à la guérilla, et transforme le conflit, à son avantage, en guerre d’usure.

Un référendum prévu pour... 1992

Ôtant à l’adversaire sa maîtrise du terrain et inscrivant le différend dans le droit international, le souverain pense, à terme, gagner la partie. En 1988, deux événements le confortent dans cette idée. D’une part, après douze ans d’interruption, le gouvernement algérien rétablit ses relations diplomatiques avec Rabat. D’autre part, la direction du Front Polisario traverse une crise en raison de la mainmise des Reguibat sur les autres tribus ; nombre de Sahraouis de Tindouf quittent le Front et se rallient au Maroc, répondant ainsi à l’appel du roi à « rejoindre la patrie clémente et miséricordieuse ».

Le Maroc cherche en fait à inscrire le conflit dans une logique de politique intérieure et à lui retirer son caractère international. Le souverain pense notamment que les ralliements rendent inutile le référendum. Sa « clémence » est empruntée à une tradition selon laquelle le royaume, composé de tribus, s’agrandit au rythme des allégeances. Il tente d’intégrer les populations du Sahara occidental par le biais d’une politique d’aménagement du territoire et de régionalisation. Par conséquent, Hassan II refuse de négocier directement avec le Front Polisario.

L’ONU essaie alors de débloquer la situation, en proposant un plan de paix prévoyant la tenue d’un référendum d’autodétermination. Acceptée par les deux parties, la consultation, prévue pour 1992, n’aura jamais lieu. L’absence d’accord sur la composition du corps électoral rend impossible l’organisation d’un vote. Depuis, toutes les propositions onusiennes se sont heurtées au refus de l’un ou de l’autre acteur.


Il en fut ainsi du projet de M. Baker, représentant du secrétaire général des Nations unies, d’instaurer une période d’autonomie de quatre à cinq ans avant d’organiser un référendum. Le vote aurait forcément consacré la victoire franche et définitive de l’un des deux protagonistes sur l’autre.
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