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Le zellige, un art millénaire

Catherine Vidémont, Couleurs Marrakech

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Depuis sept siècles, c’est de la famille Naji que sont issus quelques-uns des plus grands maîtres du zellige. Adil Naji, dans la lignée de ses ancêtres, perpétue aujourd’hui la tradition. Installé aux états-Unis depuis une dizaine d’années, il a créé deux entreprises qui contribuent à faire connaître dans le monde entier les beautés du zellige, l’un des arts décoratifs les plus anciens et les plus complexes du Maroc.

Apparus au Xe siècle, ces petits carreaux de terre cuite émaillée s’inspirent des mosaïques byzantines qui florissaient à l’époque dans l’Espagne mauresque. Fabriqués à partir d’une argile cuite suivant un processus qui n’a pas varié depuis un millénaire, ils se présentent sous la forme de petits carreaux de 10 x 10 centimètres, recouverts d’émail. Les pièces sont découpées et taillées selon un gabarit précis, puis assemblées dans une structure géométrique.

Ces tableaux de faïence sont utilisés comme revêtements décoratifs sur les murs et les colonnes, parfois même sur les sols.

C’est à Fès, capitale du zellige grâce à la qualité exceptionnelle de son argile, qu’Adil Naji s’est initié aux arts décoratifs traditionnels. Son père, sculpteur sur plâtre, tenait une petite boutique au coin d’une ruelle et l’emmenait régulièrement en visite sur les chantiers. Fasciné dès son plus jeune âge par le travail délicat des maâlems, il décide de faire connaître au monde la richesse artisanale de son pays.

En 1996, il s’inscrit dans une école de business à l’Université de Columbia, à Washington. « J’étais en première année lorsque j’ai réalisé que je ne souhaitais pas me couper de mes racines marocaines. J’ai compris au contraire que je pouvais promouvoir, préserver et protéger mon identité en utilisant les connaissances que j’avais acquises au Maroc comme aux états-Unis pour suivre les traces de mes ancêtres ».

Il crée alors la Compagnie Arabesque, spécialisée dans l’architecture et la décoration marocaines, tout en approfondissant sa connaissance du marché et du droit commercial. « Ayant grandi dans une famille d’artisans, mon rêve était de créer une compagnie multinationale et de pouvoir ainsi mettre en valeur l’artisanat marocain ». Quelques années plus tard, Adil fonde la société Moresque, une filiale d’Arabesque, basée cette fois au Maroc. Il nomme à la tête de sa compagnie les membres de sa famille avec

lesquels il collabore en permanence. « Moresque exécute les plans mis en place par Arabesque. En d’autres termes, Arabesque est le cerveau et Moresque le corps. Les deux sont essentiels ». Il prend alors le temps d’établir une stratégie qui allie respect de la tradition et modernité pour faire s’épanouir l’art du zellige.

« Mon rôle n’est pas de commercialiser un bel artisanat qui tapissera les murs des maisons et palais. Je souhaite avant tout faire connaître la culture musulmane et marocaine dans sa forme artistique. Le zellige est un patrimoine national, j’ai la responsabilité de promouvoir cet art en augmentant la demande internationale », dit-il avec ferveur.

L’informatique au service de l’art...
Sa grande consécration est en effet d’avoir modernisé cet artisanat tout en préservant son authenticité. Si les techniques de fabrication traditionnelles sont restées inchangées, la structure même de l’entreprise est en revanche résolument tournée vers l’avenir. Outre des artisans, choisis parmi les plus réputés du Maroc, Arabesque et Moresque emploient des architectes, des designers, des informaticiens et des consultants.

Ces spécialistes garantissent notamment un suivi des projets, des photographies du chantier étant par exemple envoyées régulièrement par Internet pour permettre au client de s’assurer de la bonne évolution des travaux. Celui-ci peut également visualiser dès le commencement le projet final en trois dimensions. « Notre but est d’employer des moyens de communication sophistiqués pour faciliter le dialogue avec le client. L’usage des technologies informatiques permet de rassurer la clientèle et d’instaurer un climat de confiance. »

L’entreprise s’est fixé pour but de promouvoir la richesse de l’architecture arabo-andalouse par l’intermédiaire de CD-rom, de sites web, de catalogues on-line et de création de logiciels. Elle s’est également dotée d’une photothèque qui constitue la plus riche banque d’images consacrée à l’artisanat marocain.

Adil Naji répond ainsi à une demande qui ne cesse de s’élargir, et il participe désormais à la décoration de palais, de villas, de médersas et de mosquées aussi bien en Europe qu’aux états-Unis et au Moyen-Orient.

Un savoir-faire millénaire
Derrière cette imposante machine commerciale et industrielle se cachent des hommes au talent rare qui composent en virtuoses des tableaux de mosaïques multicolores. Une vingtaine d’artisans travaillent dans les ateliers de Fès, parmi lesquels Hicham, le cadet de la famille Naji.

C’est aux alentours de la ville qu’on extrait l’argile employée pour la fabrication des zelliges. Après émaillage et cuisson des carreaux, le délicat travail de découpe peut commencer, dans un silence que seul vient troubler le bruit continu du marteau sur la pierre. Le tailleur de zellige est assis devant un socle sur lequel est disposée une plaque de marbre. À l’aide d’un lourd marteau d’acier, aiguisé fréquemment, il frappe avec précision le carreau émaillé, en fonction du motif dessiné au préalable.

Il assemble ensuite toutes les pièces de la composition à l’envers, faces émaillées contre le sol. Chaque fragment est dégrossi, taillé, fini avant d’être lié aux autres pièces. Les petits morceaux de céramique imbriqués les uns dans les autres sont ensuite recouverts de plâtre et de ciment. La résine polymère peut à l’occasion servir de liant pour faciliter le transport de certains panneaux. Cette technique exige de l’artisan une grande rigueur.

Le répertoire du zellige comprend environ 360 pièces, et le maâlem doit connaître chacune des combinaisons traditionnelles et savoir les disposer avec une parfaite maîtrise du geste. Le métier du zellige, plus qu’un travail manuel, est un art qui nécessite une source inépuisable de créativité. Les compositions décoratives relèvent d’une combinaison savante de formes et de couleurs, se déployant dans une infinité de motifs géométriques. En contemplant ces faïences lumineuses, véritables puzzles artistiques, on ne peut qu’être ébloui par l’harmonie qui s’en dégage. Tout comme l’a été Adil dès sa plus tendre enfance…

Un art au service de la foi

Le travail de l’argile
Les carreaux de zelliges sont fabriqués à partir de l’argile de Fès. Extraite sous la forme de blocs, elle est acheminée vers les villes du royaume où les zelliges sont également fabriqués. L’argile est tout d’abord immergée pendant une journée dans une fosse – « zouba » – creusée à même le sol. Une fois détrempée, elle est foulée aux pieds jusqu’à l’obtention d’un mélange parfaitement homogène. Débarrassée de toutes ses impuretés, elle est alors sortie du bassin, puis versée dans des moules exposés au soleil. Séchée et raffermie, l’argile est ensuite aplanie et lissée avec une spatule pour réduire les irrégularités de surface. Le travail étant artisanal, ce sont pourtant leurs inévitables imperfections qui confèrent aux zelliges leur caractère inimitable. Une seconde exposition au soleil est ensuite nécessaire. Enfin, les carreaux plongés dans un bain d’émail subissent deux cuissons – la seconde permettant de fixer la couleur – dans un four de briques où la température s’élève jusqu’à 900 degrés. Le carreau de zellige, devenu très solide, peut alors être taillé par le sculpteur.

Un art spirituel
Le style décoratif marocain répond aux préceptes religieux de l’islam.
Le Coran interdit en effet toute représentation humaine et cette
impossibilité de s’adonner à l’art figuratif a ainsi orienté la pensée musulmane vers l’expression géométrique. Présent dans tous les édifices religieux, le zellige magnifie les décors architecturaux par une variation inlassable de motifs. L’écriture proprement dite passe alors du domaine du signifiant à celui du signifié, devenant une oeuvre d’art en soi. Pure abstraction, elle semble pourtant emprunter ses volutes, ses spires, ses enroulements, ses arborescences et ses foisonnements au monde végétal.

Et ce labyrinthe où le regard finit par se perdre conduit presque hypnotiquement à la méditation. Déclinées en une multitude de combinaisons géométriques, les compositions partent toutes d’un élément unique et se déploient selon les rythmes d’une progression mathématique. Ces figures variables à l’infini illustrent ces fondements de la foi musulmane que sont la quête de l’absolu et la croyance en un Dieu unique.
Catherine Vidémont
sources : www.couleurs-marrakech.com

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