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Maroc: Le rapport du cinquantenaire, Quand la démographie commande…

l'économiste

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· Les chocs démographiques et historiques déterminent les valeurs de la société
· La modernisation se fera… envers et contre tout


Ce rapport sur le développement humain se fait attendre depuis quelques mois déjà. Les experts sollicités (cf.infra) ont mobilisé leurs ressources pour sortir une synthèse analytique extrêmement édifiante.

D’abord la démographie: les auteurs en soulignent les enjeux… car le Royaume vit véritablement un choc démographique, plusieurs en fait, à implication sociale, de valeur, d’urbanisme, de financement des retraites.

Depuis l’indépendance, le choc s’est opéré au niveau de la chute de la fécondité: les femmes font trois fois moins d’enfants qu’il y a cinquante ans (de 7 à 2,5 enfants par femme). Au niveau de l’âge du mariage (de 17 à 26,3 ans). Il y a aussi l’atteinte en ville du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme) qui veut dire que celles-ci ne grandiront principalement que par l’arrivée de nouveaux migrants… Ce qui pose la question de la gestion d’un exode rural de plus en plus pressant.

Lequel n’allège en rien la pression sur les ressources en campagne où chaque femme a encore 3,3 enfants. Les ruraux, d’ailleurs, sont les plus pauvres. Tout comme le plus de pauvres se trouvent en milieu rural… (cf. nos nombreuses analyses, www.leconomiste.com, et le spécial de L’Economiste «Le monde en 2006»).

· Une couche moyenne… entre les extrêmes

Pour ces experts, le «corollaire important des nouveaux modes de mobilité sociale est la formation des couches moyennes». Mais ils précisent bien que cette strate est mal identifiée… «Sont considérées comme couches moyennes de la société toutes celles qui n’appartiennent ni à l’élite supérieure ni aux pauvres et aux vulnérables»…

Certaines estimations, ajoutent les auteurs, les situent à 44,2% de la population en comparaison aux couches pauvres et vulnérables… qui représenteraient 47,3% de la population et aux couches dites supérieures «qui renferment la bourgeoisie d’affaires, l’élite politique et l’élite du savoir-faire moderne» et qui, elle, comprendraient 8,5% des Marocains. La question demeure toutefois entière: qu’apportent réellement celles qu’on a approximativement définies comme «couches moyennes» quand la taxation sur le capital humain reste aussi élevée…

· Crise des valeurs

Une section dédiée à la transformation du système des valeurs attire particulièrement l’attention. L’enquête nationale sur les valeurs, menée en septembre et octobre 2004 (la première dans son genre au Maroc souligne le rapport) montre «que le référentiel des valeurs dans notre pays est en transformation amorcée et qu’il passe aujourd’hui par une phase de transition, caractérisée par une cohabitation, assumée, tant bien que mal par les Marocains».

Autrement dit, nous n’échapperons pas au changement malgré toutes les forces de résistance féodales ou islamistes, ces deux formes d’intégrisme les plus visibles au Maroc. D’où la crise des valeurs, soulignée par le rapport. Celle-ci n’a d’égal que la prolifération des normes… qui peuvent être aussi les prémices d’une modernité…

Pour les auteurs du rapport, c’est surtout «le contact avec la colonisation qui a secoué le répertoire traditionnel des valeurs au Maroc et a mis à l’épreuve le système de représentations et de préférences, avec l’introduction de nouvelles valeurs liées aux rapports au temps, à l’espace, à l’individu et aux rapports sociaux en général».

En cinquante ans, le Maroc a beaucoup œuvré pour l’accès aux services de base, l’éducation et la santé. Mais les efforts sont loin de suffire… Les auteurs font par ailleurs le subtil lien avec le problème de la représentation populaire légitime et crédible…» Cela dépend de l’émergence massive de citoyens matériellement autonomes, pleinement conscients de leurs droits et de leurs devoirs, prompts à les exercer ou à les assumer et motivés à participer à la vie publique et politique». Or, cela pose encore des problèmes d’éducation, d’alphabétisation, de lutte contre la pauvreté et de vulnérabilité, indique le rapport.


Un ton et une réflexion libres

Quand le PDG change, il faut un audit. C’est ce qu’a fait le Souverain Mohammed VI auprès d’un comité d’une vingtaine d’experts, dirigé par le Conseiller Abdelaziz Meziane Belfqih. Il est prévu que ce rapport serait remis aujourd’hui au Souverain. On s’attend à ce que SM le Roi prononce un discours. Ce travail est un regard approfondi et raisonné sur les cinquante dernières années, depuis l’indépendance du Maroc. Il comporte aussi une tentative de projection pour les vingt-cinq ans à venir.

Le ton et les sujets de ce rapport sont libres. C’est aussi qu’il se montre sévère sur le niveau de pauvreté et la très tardive prise de conscience. Idem pour le système de santé et évidemment l’éducation. Les rédacteurs ont pris le parti analytique, même pour rédiger le sommaire…

Ce travail capitalise le changement réalisé dans le traitement de ces questions cruciales. Sans ambages, le rapport explique que la croissance est «insuffisante et volatile». Il qualifie de «persistante» une pauvreté qui se maintient à 5 millions de personnes pendant 50 ans!

L’agriculture, dit le rapport, est «une option devenue hypothèque». Formule capitale!


Les auteurs soulignent un phénomène que l’on néglige souvent: la démographie. Ses profils, ses évolutions… gouvernent l’économie, le social, l’urbanisme… mais aussi les valeurs et les référentiels de la société marocaine.

Mouna KADIRI
sources : l'économiste
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