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Sahara : La contestation atomisée

Taieb Chadi / journal hebdo

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Les manifestations qu'ont connues Laâyoune et Samara, en mai, octobre, novembre et décembre 2005, prouvent que le malaise est profond. Elles marquent un glissement dangereux vers la violence. L'autonomisation des indépendentistes locaux inquiète.
 « Le Maroc n'aura pas de répit au Sahara », affirme Mustapha Naîmi. Cet anthropologue originaire des provinces du sud est convaincu que la résolution de ce conflit passera inévitablement par de profondes réformes constitutionnelles qui consacreront l'établissement au royaume d'une véritable régionalisation, de préférence sur le modèle fédéral. Lors de son discours à l'occasion de l'anniversaire de la Marche verte en novembre dernier, le roi a justement évoqué une large autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine.

Il n'a pas précisé si cette « autonomie » va s'inscrire dans le cadre d'un véritable processus de démocratisation des institutions. Or ce flou artistique n'arrange pas les choses. Le dossier du Sahara risque de se compliquer davantage si le Maroc ne propose pas à l'ONU, en 2006, une conception claire et précise d'un modèle d'autonomie intégrée dans un projet de refonte globale de ses institutions. Sur le terrain, la situation pourrait connaître de nouveaux rebondissements. Selon la presse proche du Pouvoir, un individu a été arrêté, en mi-décembre 2005 près de Lâayoune, en possession de 13 roquettes Hawn. Alarmant.

« Ce qui se passe au Sahara est l'expression du malaise dans lequel vit, depuis quelque temps, la population locale et une dénonciation de l'ordre établi imposé, aussi bien par les extrémistes séparatistes que ceux annexionnistes qui ont en face des unionistes réduits au silence et à la marginalisation », explique M.Naîmi.

Le sud s'embrase
Les propos de M. Naîmi, même s'ils ne résument pas tout ce qui se passe aujourd'hui au Sahara, illustrent bien la situation proche de l'embrasement que connaît la région. En clair, une population locale, majoritairement jeune, pauvre, ravagée par le chômage, marginalisée et exaspérée, sort dans la rue pour exprimer sa colère contre la précarité de sa situation socio-économique et revendiquer haut et fort son droit à l'expression contre une « gouvernance sécuritaire » qui l'« entretient », depuis plus de 30 ans.

Elle remet en cause le mode de gouvernance adopté dans la gestion des affaires des provinces du sud. Pensé et conçu par Hassan II, ce mode de gouvernance a créé une élite locale selon des critères essentiellement basés sur des équilibres tribaux. Khatri El Joummani, Khelli Henna Ould Rachid, puis après, Hassan Derham, Rachid Rguibi, entres autres, seront les hommes du pouvoir et du makhzen sur place. Ils seront pendant longtemps les interlocuteurs privilégiés du Palais qui a favorisé ces quelques « notables » et leurs familles au détriment du reste de la population locale.

Cet ordre établi, il faut le reconnaître, a bel et bien fonctionné pendant plus de deux décennies. A coup d'aliments de base subventionnés, d'emplois sociaux, et de promesses de toutes sortes, les « hommes du Palais » au Sahara ont tant bien que mal réussi à « encadrer » et « maîtriser » une grande partie de la population locale. Les émeutes de Laâyoune en septembre 1999, soit trois mois après la mort de Hassan II, ont sonné le glas de cet « ordre » devenu caduc.

Nouveaux séparatistes
Désormais, et pendant les cinq premières années du règne de Mohammed VI, de nouvelles voix s'élèvent et militent pour des idées sécessionnistes. Qu'ils soient spontanés, manipulés, instrumentalisés, pro-polisario, séparatistes, etc, ces nouveaux protestataires, idéologiquement encadrés ou pas, osent maintenant critiquer ouvertement la politique adoptée par le Maroc dans cette région. Ils osent défier les autorités et réclament l'« indépendance » du Sahara. Ce que revendique Mohamed Abdelaziz à Tindouf, de jeunes natifs de Laâyoune, Smara ou Assa, le scandent intramuros.

Leurs figures de proue qui agissent à visage découvert s'appellent Ali Salem Tamek, Mohamed El Moutawakil, Aminato Haidar ou Mohamed Daddach. Qu'ils roulent pour le Polisario, épousent ses idées ou pensent et agissent de leur propre « chef », ces nouveaux contestataires incarnent le ras-le-bol d'une frange de la population sahraouie. Une population qui, lasse et s'estimant l'otage d'un conflit qui a trop duré, manifeste son désarroi car elle ne voit pas le bout du tunnel.

Ce manque de visibilité dans le dossier du Sahara et l'échec de mode de gouvernance établi sur place ont facilité la diffusion des idées pro-indépendance. Les manifestations qu'ont connues Laâyoune et Smara, en mai, octobre, novembre et décembre 2005, prouvent non seulement que le malaise est profond mais aussi marquent un glissement dangereux vers la violence. Ces nouvelles « données » et surtout l'« atomisation » du conflit, semblent surprendre les gestionnaires de ce dossier qui n'ont pas su comment réagir.

Leurs hommes de confiance et les « yeux et les oreilles » du makhzen sur place ne contrôlent plus vraiment la situation. Au lieu de faire preuve de maturité et de pragmatisme en essayant d'écouter les doléances des « meneurs » de cette population et d'instaurer un dialogue avec eux, les nouveaux décideurs du dossier du Sahara ont tout simplement donné aux forces de l'ordre le feu vert pour « mater les insurrectionnels ». Résultat : violences, arrestations, enlèvements massifs et mort d'homme. Il avait 24 ans et s'appelait Hamdi Lambarki. Il est décédé suite à une bavure policière. Laquelle vient d'être exploitée par le Polisario qui a baptisé une école à Tindouf de son nom. Il est devenu l'icône des dissidents.

Cycle de violence
Les rafles policières récurrentes, les enlèvements opérés par les services et les tortures devenues habituelles profitent immédiatement aux séparatistes et font attiser ce nouveau cycle de la violence, notamment chez des jeunes en mal d'identité. « Au-delà de la nature de leurs revendications, je pense que la plupart de ces jeunes contestataires ont besoin d'être écoutés. Il est nécessaire que nous établissions un dialogue serein et responsable avec eux », propose Aicha Khamlich, membre du Conseil consultatif des droits de l'Homme (CCDH) et militante du Parti socialiste unifié (PSU).

M. Naîmi estime que le problème est plus complexe. Pour lui, « le grand enjeu pour solutionner ce conflit ne se jouera pas forcément à l'ONU, mais plutôt au Maroc.

Car la solution qui s'impose aujourd'hui passera nécessairement par une véritable mise à niveau de notre système de gouvernance, avec, notamment, un découpage territorial qui doit nécessairement incorporer la région de Guoulmim et le cercle de Sidi Ifni dans l'autonomie saharienne. Sinon, ce sera l'impasse. Et la responsabilité incombera alors à l'administration centrale à Rabat ».

Par Taieb Chadi, pour le Journal Hebdo.
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