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Sahara : la grande crise se profile

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« Le Maroc boit la tasse ». Cette conclusion lapidaire est partagée par de nombreux observateurs étrangers qui pensent que la diplomatie royale est emmaillotée dans sa gestion incohérente du conflit face à un Polisario qui n'a jamais eu autant de vent dans les voiles.
Il y a de cela cinq ans, un haut responsable du Département d'Etat américain jugeait incompréhensible l'attitude de la diplomatie marocaine. « Le Maroc est sans conteste un allié des Etats-Unis, et notre souhait est de l'aider, mais sur la question du Sahara, nous attendons toujours qu'il nous formule clairement ce qu'il veut ». Depuis cette époque, la situation n'a pas semblé évoluer d'un iota. La même perplexité transparaît, avec même plus d'acuité chez les Américains. « Nous sommes harcelés par des membres influents du Congrès qui insistent pour que l'Administration américaine réagisse sur ce qui se passe au Sahara Occidental », reconnaît une source autorisée du Sous-comité africain de ce même Département d'Etat. Il faut dire que sur le terrain, les choses ont significativement changé, surtout cette année.

« Le Maroc boit la tasse » 
Sur le front diplomatique, le Polisario a sérieusement distancé le Royaume. D'abord ce fut le coup de tonnerre de l'Afrique du Sud de Thabo M'beki, qui s'est dite , dans une missive au vitriol envoyée au Palais, « excédée » des tergiversations de Rabat sur le Plan Baker II. Et pour enfoncer le clou, elle a nommé son ambassadeur auprès de la RASD et fait hisser ses couleurs au chef-lieu de Tifariti, situé dans la frange est du territoire contesté, à un jet de pierre du mur de défense marocain lors de la célébration, il y a quelques semaines par le Polisario du 30ème anniversaire de sa création.

Le basculement de puissance africaine a entraîné récemment dans son sillage le Kenya. Dans les chancelleries, on parle de plus en plus d'un Maroc qui perd pied sur le Continent noir. « Le Maroc n'a pas su négocier le virage de l'après-guerre froide en Afrique sub-saharienne », explique cet expert de la région. Nombre d'analystes partagent ce point de vue. Depuis le retour de Pretoria sur la scène internationale, c'est l'Afrique anglophone qui a repris le dessus. Avec l'autre poids lourd qu'est le Nigeria, ils se sont rapidement imposés comme les ténors d'une Afrique qui ambitionne, avec la bénédiction d'une Amérique unilatéraliste, de se tailler une place de choix dans le concert des nations, peut-être même au Conseil de sécurité des Nations Unies.

La décision de Hassan II de tourner le dos à l'Union Africaine trouve aujourd'hui ses limites et Rabat n'a guère d'influence au-delà de ses amis traditionnels qui se comptent essentiellement parmi les anciennes colonies françaises d'Afrique sahélienne et de l'Ouest. « La dernière initiative royale au Niger rentre dans ce schéma », confirme un diplomate européen en poste à Rabat. Les choses sont quasi-similaires en Amérique Latine, où les pays influents aux régimes marqués à gauche ont une oreille plus attentive sur la question du Sahara quand c'est Alger qui donne de la voix, et ce malgré une récente offensive de charme menée pour la première fois par un souverain marocain dans la région.

Les derniers événements de Laâyoune, Smara et jusqu'au cœur des campus universitaires de Rabat et Casablanca n'ont pas arrangé les choses. Dans les couloirs de l'ONU, un connaisseur du dossier n'a pas hésité à dire que « le Maroc boit la tasse ». Au Parlement Européen, ce ne sont plus seulement les marginaux Verts et leur aréopage d'ONG qui soutiennent comme par le passé un mouvement « marxiste-léniniste révolutionnaire ». Le Polisario n'est plus considéré comme un groupe révolutionnaire et anti-impérialiste à la solde de Moscou depuis des lustres. Seule la France de Chirac demeure favorable à « une solution négociée entre Rabat et Alger », comme l'a rappelé Philippe Douste-Blazy, lors de sa visite au Maroc la semaine dernière.

Mais cette idée, martelée par la diplomatie chérifienne, est presque inaudible sur le Vieux Continent. « La position française est de plus en plus intenable. Elle est celle d'une puissance qui n'a pas su se départir de sa politique coloniale en Afrique, que ce soit vis-à-vis du Maroc ou ailleurs », estime un député européen. En 2004, Miguel Angel Moratinos, le nouveau chef de la diplomatie du gouvernement socialiste espagnol de Zapatero, l'avait énoncé du bout des lèvres au journal « El Mundo » avec pour conséquence la levée de boucliers que l'on sait. Depuis, l'Espagne, certes moins intraitable avec son voisin du Sud qu'elle l'a été sous Aznar, préconise « le respect de la légalité internationale ».

Et c'est du cœur de cette Espagne que les coups de butoir les plus violents viennent affaiblir la position marocaine « enferrée dans un rejet inconditionnel du schéma préconisé par James Baker et incapable de formuler une contre-proposition viable », comme l'explique un ancien ambassadeur américain à Rabat. Depuis les échauffourées du Sud, Mohamed Sidati, Monsieur Europe du Front Polisario, mène campagne après campagne de Madrid pour faire réagir les politiques à « la politique répressive de l'occupant marocain ». Résultat : de la lointaine Norvège à l'Andalousie, une armada de parlementaires, élus, défenseurs de droits de l'Homme veulent organiser un véritable pont aérien pour « observer la situation sur place ».

Le coup de cisailles du Polisario
En réalité, quelle que soit la portée des heurts entre manifestants et forces de l'ordre dans les artères de Laâyoune, le Polisario a saisi la balle au vol. Il n'hésite pas à parler d'Intifada, voire de génocide, de pillage de richesses et force certaines multinationales à arrêter d'exploiter le sous-sol saharien avec l'Etat marocain et de plier bagages. « En marketing politique, c'est de l'or en barre », déclare un observateur avisé. « La conjonction entre le niet de Rabat sur toutes les propositions qui lui ont été faites depuis le cessez-le-feu de 1991 et l'émergence d'un front intérieur contestataire permet au Polisario d'en récolter d'immenses dividendes. C'est un vrai coup de cisailles », explique-t-il. Et cela fonctionne, en effet.

Aminatou Haydar, emprisonnée à l'âge de vingt ans dans les tristes geôles des années de plomb, devenue pasionaria des indépendantistes qui, comme nombre de ceux à qui la justice marocaine à fait reprendre le chemin de la prison pour avoir joué un rôle déterminant dans les manifestations du mois dernier, est nominée cette année au fameux prix Sakharov des droits de l'Homme. Ali Salem Tamek, hier obscur « perturbateur de l'ordre public », pourtant grâcié par le roi en 2004, est devenu en quelques mois une figure emblématique de la « cause sahraouie » dans tous les forums internationaux avant sa récente arrestation.

« La gestion sécuritaire du nouveau règne qui, comme un pendule, vacille du discours d'ouverture à la répression la plus violente, renseigne sur l' incapacité du Maroc à gérer la situation et ne fait que mieux tailler des costumes de petits Mandela à tous ceux qui revendiquent de l'intérieur l'indépendance du Sahara », estime un universitaire spécialiste du dossier. « Et ce n'est pas ce que Rabat appelle la diplomatie populaire' qui va changer les choses, c'est bien trop tard et trop éculé ! », constate-t-il.

Contre la montée des eaux, le Maroc ressort de derrière les fagots des formules cousues de fil blanc. On réactive d'anciens alliés, contre espèces sonnantes et trébuchantes, comme l'ancien ambassadeur américain Edward Gabriel, pour essayer de tailler des croupières à un Polisario qui a le vent en poupe en matière de droits de l'Homme.

Une propagande stérile
Mais son initiative « Free Them Now » en faveur des prisonniers militaires marocains à Tindouf, qui a notamment rallié le charismatique congessman John McCaïn, a tout de suite fait réagir Mohamed Abdelaziz. Dans un entretien accordé au journal « Le Monde », il a déclaré que son mouvement a , d'ores et déjà pris la décision de tous les libérer. « Même si Rabat a vertement mis en cause la volonté du Polisario dans ce sens, nous savons que des contacts avec le HCR ont été pris. Abdelaziz a désactivé le meilleur argument du Maroc », commente un expert du Real Instituto Elcano de Madrid.

« Tant que la question du Sahara n'est pas prise à bras-le-corps par les politiques au Maroc, indépendamment du mode incantatoire inspiré par l'entourage du roi, des initiatives comme Watanouna ou le dernier Appel lancé aux intellectuels espagnols resteront lettre morte », ajoute-t-il. Il rappelle aussi la méconnaissance de ceux qui sont derrière cet Appel qui ose la comparaison entre la situation au Pays Basque par exemple où ce sont les ténors du parti indépendantiste Batasuna qui tiennent les rênes du pouvoir local, ou encore en Catalogne où ce sont les Républicains, qui réclament une quasi-fédération avec Madrid, qui tiennent le haut du pavé. « C'est toute la question de l'autonomie qui est au cœur de l'incohérence du Maroc. En Espagne, la monarchie a entériné et suivi le choix démocratique du peuple au sortir du franquisme.

Au Maroc, seul le mot est prononcé sans vision à long terme, car cela pose in fine la question fondamentale des pouvoirs du roi lui-même », conclut-il. A Laâyoune, on a mobilisé près de 20 000 personnes « acquises à la marocanité des Provinces du Sud », mais les observateurs étrangers n'y ont vu qu'une simple opération de propagande. Pour preuve le commentaire d'un journaliste peu convaincu : « Nous sommes conscients que les Marocains pensent massivement que le Sahara fait partie intégrante du royaume, mais ceux qui ont été mobilisés et à qui on a manifestement distribué des fanions tout neufs pour scander ce point de vue n'étaient pas crédibles…Ou étaient-ils quand ça chauffait là-bas ? ».

Les semaines qui viennent pourraient intensifier davantage la crise multiforme qui se dessine. Joe Pitts, le très virulent congressman de Pennsylvanie, défenseur résolu des thèses du Polisario, compte mimer ses homologues andalous. Celui qui avait arraché à l'Administration Bush une « attestation » écrite qui statue officiellement sur la non application de l'Accord de libre-échange maroco-américain au Sahara et sur la non reconnaissance tout aussi officielle de la « marocanité » du territoire, projette de mener une délégation de députés US à Laâyoune en septembre. C'est aussi l'idée de Suzanne Sholte, l'activiste de la US-Western Foundation qui vient de dénoncer, dans une lettre adressée au Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice, « la vague des rafles, tortures et viols en tous genres menés par le Maroc dans les territoires occupés ».

Le Maroc pourra-t-il les refouler comme il l'a fait avec les délégations venues d'Europe ? Pas si sûr, et la coopération sur le volet terroriste, la construction d'une base américaine à Tan Tan ou la présence d'un centre d'écoute de l'US Navy à Tétouan n'y feront peut-être rien.



« On parle même de l'éventualité d'une prise de position de Washington qui pourrait étonner Rabat », dit-on dans les arcanes de l'Administration Bush. Ils l'ont fait pour Nadia Yassine, pourquoi pas pour tous les autres mécontents du régime ?

Ali Amar, Fahd Iraqi, Nadia Hachimi Alaoui,
Taïb Chadi & Younès Alami
sources : www.lejournal-hebo.com
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