onglet_artsouk onglet_artsouk

 

mohamedV-nb.jpg

Histoire

Leçons d’un combat : Mohammed V, le résistant et le diplomate subtil

Najib EL Amrani

Réf : 595

Visites : 5412

D’Antsirabé à la Celle-Saint-Cloud Entre 1950 et 1955, le Maroc aura vécu les moments les plus forts de son histoire de la lutte pour l’indépendance. S.M. Mohammed V, accompagné de S.A.R le Prince Héritier Moulay Hassan, avait engagé une bataille sur tous les fronts de lutte pour amener le gouvernement français à reconnaître, sans conditions, les droits historiques du Maroc.

Pour atténuer sa détermination et son courage, l’administration coloniale avait essayé par tous les moyens d’isoler Mohammed V du reste du mouvement national et du peuple marocain. Sur le terrain, la situation était très chaotique, et les forces coloniales n’arrivaient pas à contenir la colère populaire. Une nouvelle ère s’annonçait dans les relations entre les deux Etats.

Henry Yrissou, témoin de cette phase déterminante dans les relations franco-marocaines, écrivait dans ses mémoires que le Souverain menait la bataille “sans plus d’acrimonie pour le passé, son esprit orienté vers le présent, et surtout vers l’avenir, il tient d’abord à faire cesser le désordres et les effusions de sang”.
En diplomate chevronné, et en stratège sûr de sa force, S.M. Mohammed V savait saisir les opportunités pour faire passer son message.

Il négociait sans brusquer, il choisissait ses mots en fonction du contexte politique et de l’évolution de la situation. “Au détour de chaque phrase le Souverain “nous” donne l’occasion d’apprécier sa finesse naturelle, la flexibilité de sa pensée, la fermeté de Son caractère, Son goût pour la démonstration rationnelle qui n’exclut jamais le recours à l’expression imagée”.

Le témoignage d’Henry Yrissou, directeur de cabinet du ministre français des Affaires étrangères, Antoine Pinay, insiste sur deux grandes qualités du père de l’Indépendance : la pertinence des jugements qu’il portait sur les hommes, notamment ses interlocuteurs et son sang froid.

“Il formule des jugements pénétrants sur les hommes d’Etat comme sur les événements. C’est ainsi qu’il souligne chez le Général de Gaulle “le sens de la prophétie dans un style qui heurte volontiers des esprits pour le faire sortir de l’ornière”. Il ne se laissait pas aveugler par une quelconque outrance nationaliste, mais dans les situations conflictuelles.

A propos du général Catroux, Sidi Mohammed V “répond en soulignant la grande compétence du général, en rappelant les sentiments qui les rapprochaient depuis longtemps, spécialement en leur qualité de compagnons de Libération. Sa Majesté déclare qu’à ses yeux le général incarne toujours la haute politique du Maréchal Lyautey, ce génie réalisateur de la renaissance marocaine et qui fut rappelé en France, comme il l’a dit, vaincu par l’Administration”.

A travers cette pertinence dans l’évaluation du poids et de la force de ses interlocuteurs, le Souverain confirmait en fait son autorité charismatique, ce qui le plaçait au dessus d’eux et donnait du poids à ces mots, à ses réflexions, à ses arguments et à ses revendications.

Outre cette qualité, le témoignage d’Yrissou, qui a vécu de très près les moments décisifs de l’histoire du Maroc, nous enseigne que le Souverain parvenait dans les moments les plus délicats à garder son sang froid. Il évitait les précipitations et les déclarations hâtives. “Après l’inauguration d’un monument à la mémoire des anciens combattants des territoires d’outre-mer, il eut, entre S.M. le Roi et le ministre des dialogues de fond sur des problèmes majeurs. “Que pensez-vous de ma demande au Président de la République d’accorder l’indépendance au Maroc ? interrogea le Souverain qui prolongeait Sa pensée par une image : “ le moment vient où le vêtement de l’adolescent est à mettre à la taille de l’adulte”.

Le président Pinay n’entendait contester à personne le droit d’échapper, un jour à l’autorité paternelle et de sortir de la tutelle pour entrer dans l’amitié, surtout après les bouleversements, les séismes de fond, déclenchés sur l’ensemble de la terre par la seconde guerre mondiale”.

Tout en insistant sur les droits historiques de son pays, sur la nécessité pour le Maroc et pour la France de bâtir de nouvelles relations d’amitié et de coopération fondées sur le respect de la liberté et de la dignité des deux peuples, S.M. le Roi tient toujours à éviter de créer des blocages dans les négociations.

Il faut dire qu’il était intimement convaincu que toutes les choses ne peuvent évoluer qu’en faveur de l’indépendance du Maroc. Il avait constamment en vue l’attachement de son peuple aux institutions sacrées de la monarchie et rappelait toujours ; “j’ai le peuple marocain devant et derrière moi. S’il m’appelle, je répondrai à ses appels”.



Intransigeance mesurée qui explique son acharnement à suivre les débats déclenchés en France, au sein de la classe politique notamment, sur le sort des colonies. Il n’hésitait jamais à accorder son soutien aux bonnes volontés et à convaincre les autres que l’ère de la liberté et de l’indépendance était incontournable. La stratégie du Souverain était globale.
moh5x.jpg

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés