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Jemaa El-fna et son avenir

Jesús Greus / source : www.emarrakech.info

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propos de deux journées de réflexion organisés par l’Association « Place Jemaa el Fna patrimoine oral de l’Humanité » à Dar Cherifa, 11-12 octobre, je veux faire quelques commentaires.

L’objet de cette rencontre, avec le concours de spécialistes, d’historiens et de la directrice du bureau de l’Unesco à Rabat, était de discuter de l’avenir du patrimoine oral, ainsi que l'évolution, pas trop encouragent, de la place Jemaa el fna.

Il faut commencer par rappeler que c’est cette petite Association, a laquelle appartiennent des personnalités comme l’écrivain Juan Goytisolo ou l’historien Hamid Triki, qui a réussi à présenter, après une longue préparation, le dossier de  candidature de la place Jemma El Fna afin d’être classé par l’Unesco.

A partir de ce moment là, l’Association a du souffrir du dédain de la part des autorités responsables de la médina. Pour donner un exemple, cela fait quelques années que l’Association a demandé à la municipalité l’interdiction de la circulation routière sur la place... sans aucun résultat.

(...) Pendant ces deux jours de débats a propos de la célèbre esplanade, ont a entendu plusieurs discours sur l’espace sacré et l’espace profane qui y cohabitent, sur le phénomène de l’oralité, sur la participation de la femme sur place -malgré une certaine misogynie toujours présente-, et tant d’autres sujets fascinants.
 
En terme de solutions, on a eu des propositions des fois insensées, comme celle de planter des arbres sur la place pour faire de l’ombre, ou bien une autre (par l’Agence Urbaine) pour changer les vieux carrosses de jus d’orange par des nouveaux modèles à la Cendrillon. Effrayante ! Quelques uns, avec leurs meilleures intention -il faut dire-, veulent encore convertir Marrakech en une petite ville soignée et bourgeoise, à la française.

Mais, il faut penser que, si on veut préserver ce phénomène unique qui est Jemaa El Fna, lequel a survécue, on le sait, au moins quatre cent ans et qui est perçu comme lieu de rencontre, d’expression publique, de divertissement et même de guérison, toute intervention est délicate.

Parce qu’il faut aussi respecter l'espace de liberté. Ça veut dire, liberté de parole et d’action. Il faut laisser faire également d’autres aspects des fois indésirables, comme la présence de la xénophobie, de la sensualité ou d’une agressivité à fleur de peau. La place est la manifestation libre du peuple. Si on veut alors que Jemaa El Fna continue à être ce quelle en est, on n’a pas le droit à décider qu’est-ce qui est convenable comme activité sur son espace ouvert, soit culturelle ou d’aucun autre genre.

Mais, comment ne pas se poser donc la question : est ce qu’on peu vraiment sauver Jemaa El Fna d’une modernisation incontrôlée qui dévaste partout dans le monde sans respecter aucune culture ni tradition? Ou bien nous faisons partie d’un petit groupe de nostalgiques, des Quichottes qui rêvent d’un monde intact ?

Quoi qu’il en soit, comment transmettre à la jeunesse de Marrakech et aux autorités la valeur énorme qui représente, à ce moment là de culture téledirigée, un tel endroit ou les gens, depuis des siècles, se rencontrent encore pour y entendre de la musique ou des conteurs qui gardent vivante une culture orale ancestrale !

C’est grâce a ce grand spectacle en plein soleil que se superposent au moins deux places dans le même endroit : celle-ci apparente, à laquelle a accède le touriste, avec les charmeurs de serpents, les musiciens, les commerçants et les voyantes, et celle d'autres conteurs qui parlent seulement en arabe dialectale et dont son public est uniquement marocain ou arabe.

Pour le visiteur occidental, la msrah halqa continue à être un monde inaccessible, impénétrable. Ça veut dire que, d’un coté, le coeur de Jemaa El Fna est encore intact malgré l’invasion touristique qui transforme petit à petit la médina. Si on laisse donc mourir le phénomène orale, Il ne nous restera qu'une espèce de foire décaféinée, appropriée pour le voyageur et dont même le jus d’orange sera, d’ici à peu, chimique. Voir ce qui y se passe, par exemple, chez la musique gnawa : une lamentable simulation des quelques secondes pour arnaquer le touriste.

Je me demande toujours si la survie des conteurs à Jemaa El Fna a une relation avec le haut taux d’analphabétisme dans le pays. C’est vrai qu’on peut voir des étudiants qui y assistent, mais on a souvent l’impression  que la plupart du public est tout à fait illettré. La pauvreté, pourquoi pas, pourrait être une autre raison de cette survivance, surtout chez les jeunes gens.

À vrai dire, si ceux-ci avaient de l’argent, ne s’en iraient t-ils pas à la discothèque le samedi soir au lieu d’assister au contes de la place Jemaa El Fna ? Pourtant, il faut reconnaître que, malgré l’attrait de la télévision et le cinéma, l’oralité est encore, à Marrakech, un élément de distraction populaire. Un miracle de nos jours. Mais un miracle qui pourrait bientôt disparaître.

L’Association « Jemaa El Fna » propose donc, afin de conserver vivant ce phénomène de l’oralité, d'aider financièrement les conteurs. Est-ce qu’on va perdre ainsi la spontanéité ? Peut-être. Mais le monde a changé et il faut s’en adapter. Et c’est fort évident que, en agissant de la façon, on va encourager les jeunes gens amateurs du halqa à devenir des apprentis conteurs, puisque cette profession va offrir enfin une possibilité de futur.

Qu’il y aura des opportunistes ? Bien sure. En tout cas, le public c’est toujours un juge implacable. Une halqa ne dure pas longtemps autour d’un mauvais conteur.
Là-bas réside alors une possible préservation de cet héritage qui, autrement, court le risque de disparaître.... Le débat est ouvert.


Jesús Greus 25/10/2004
source :
http://www.emarrakech.info
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