onglet_artsouk onglet_artsouk

 

derb-mrk.jpg

Actualités

Marrakech ou Paris ?

Jesús Greus

Réf : 546

Visites : 2645

Ceci devait arriver tôt ou tard. Notez que ce que je veux exposer ensuite, je le fais en raison de l’affection que j’ai pour cette ville de Marrakech où j’habite. Et c’est aussi pour exprimer le sentiment de plusieurs marrakchis, autochtones ou étrangers résidents, scandalisés par les transformations urbanistiques qui se succèdent à un rythme vertigineux.

Quelques-unes unes d’entre elles sont de vraies violations du patrimoine.
Il suffit de mentionner la transformation du jardin de La Menara, dont le charme a été dénaturé du fait qu’on a arraché de vieux oliviers pour ouvrir une perspective à la manière d’un petit château européen derrière ses grilles à la Versailles. De la sorte, on a détruit la magie de la surprise! Il faut être très audacieux, et très inculte, pour oser modifier un ancien jardin célèbre comme celui-ci, dessiné selon des critères esthétiques très sages et propres à la culture marocaine. Pour ne pas mentionner les horribles gradins installés au fond du bassin, et qui ont mutilé l’un des endroits les plus beaux de Marrakech.

En fait, on a volé au peuple de la médina un jardin public, sans réfléchir que l’attrait de l’olivier de La Menara, pour le visiteur étranger, reposé sur l’opportunité de se mêler au petit peuple, parmi les filles saisies de la main par leur mère, les garçons qui chantent en groupe avec des tambours, les couples d’amoureux. Maintenant La Menara c’est, la plupart du temps, vide et morte.

Mais les transformations, d’après des modèles à l’Européenne, envahissent petit a petit le cœur même de la médina : voir Bab el Mellah, le souk Sidi Ishaq, le jardin à coté de Ryad Laarous, la place Sidi Youb. Nous sommes tous d’accord quant à la nécessité de réhabiliter le centre historique. Mais, au moins en Europe, les critères de restauration des quartiers anciens sont très stricts et on les exécute avec une grande délicatesse. Autrement, on court le risque d’adultérer l’original. Un seul exemple admirable de restauration à Marrakech c’est l’ancienne Soq Laghzal, où l’on a conservé le style propre et le caractère. Ce n’est pas le cas du souk Sidi Ishaq.

Personne ne doute, aussi, de la réussite du nouveau pavement des rues et des derbs dans la médina. Mais, si on continue de la sorte à mettre à exécution des reformes parfois exagérées et parfois inutiles, d’installer des petits jardins avec des bancs rococo, il est possible, chers messieurs les responsables, que vous allez convertir une médina déjà presque millénaire, dont vous vous flattez tant, en un petit Paris.

Et l’idée, pardonnez-moi de le dire humblement, est erronée, parce que le touriste ne vient pas à Marrakech pour voir Paris. Il vient pour voir Marrakech, une très ancienne médina, avec tout son charme, ses couleurs, ses gens, son architecture originelle, même avec son désordre. Pourquoi pas? Dans le désordre, il y a aussi de la beauté.

On dirait que les responsables politiques, qui se préoccupent seulement, selon son propre aveu, de convertir la ville de Marrakech en une affaire lucrative, ne comprennent pas ce qui est le plus essentiel. Même si vous pensez le contraire, ce que cherche le touriste c’est, justement, ce que le Maroc offre de si différent au monde occidental aseptisé et insipide. Pour voir des rues stérilisées et pomponnées, il y en a déjà en Europe nombre de villes bourgeoises, inodores et incolores. Ici, c’est Marrakech, une ville qui dispose d’un patrimoine culturel millénaire, d’une admirable histoire. Elle est belle comme elle est.

Pour donner un autre exemple d’un projet extravagant: le charme de la Place des Epices, Soq Rahba El Kdima, repose sur le fait de contempler et de se mêler avec tous ses hommes et femmes accroupies par terre en train de vendre des paniers et entourées des bazars d’épices et des tapis accrochés aux vieilles façades. Même si l’on pense améliorer cette petite place en y plaçant des pergolas au style européen, lesquelles ne vont pas bien avec l’architecture marocaine, l’on ne réussira jamais à remplacer ce qui, en soi, est un spectacle vif, grouillant, bariolé, plein d’odeurs, de goûts, de voix, de frôlements, parlant une multitude de langues.

Comme dans tant d’autres endroits de la médina, cette place ne manque de rien ni n’en a de trop. Selon le gens qui y travaillent, ce serait plus sage de la respecter. Ceci, rendez vous compte, c’est ce qu’il vient chercher le visiteur, pas la petite place parisienne avec des parterres de fleurs et des étalages de rafraîchissements. Pour voir cela, on peut rester chacun chez soi.

Il semblerait et qui plus est qu’un un nouveau projet se prépare pour la Place Jemaa el Fna : mettre de l’ordre, domestiquer, offrir au visiteur un produit aseptisé. C’est évident : « l’anarchie » de ce vaste espace gêne les autorités. Mais si cette place cesse un jour d’être le cœur de Marrakech, un lieu de rencontre pour le peuple, vous aurez tué la poule aux œufs d’or. Plus on y mettra de l’ordre, plus elle perdra son charme. Quand il ne restera plus de tradition dans cette ville, à ce moment-là, vous resterez seuls avec vos grands hôtels vides et vos roseraies et vos colonnades dans une médina qui aura cessé d’être marocaine pour ne jamais devenir européenne.

Et permettez-moi d’ajouter encore que l’une des orientations qu’on observe dans cette ardeur erronée de modernisme mal compris, c’est le mépris du petit peuple. Le touriste, c’est clair, doit toujours passer devant le natif. Pour qu’il ne voie pas de vacarme, on déplace les taxis, bien loin de Jemaa el Fna ou de Bab Rob. Peu importe si le gens doivent marcher une longue distance au soleil pour prendre un grand taxi vers la campagne. C’est justement ces gens qui constituent le plus grand trésor de ce pays, pour sa gentillesse, sa générosité, son humanité. Et bien malgré ses défauts, comme tout le monde. Et ça aussi, même si vous ne pouvez pas le croire, attire les visiteurs. Mis à part des raisons de sécurité que nous tous comprenons, on ne doit donc pas priver le voyageur du contact avec les gens, parce que cette fréquentation enrichit tous les deux culturellement et humainement.

Une réhabilitation réussie de la médina devrait placer les habitants au centre des préoccupations ; par exemple en améliorant les infrastructures. Pour faire de nouveaux projets, il y a assez de place au Guéliz. Et même dans la nouvelle ville, je ne comprends pas pourquoi, quant on dessine de nouveaux jardins, on fait toujours d’incroyables mélanges des styles. Pourquoi ne pas avoir recours à votre tradition locale comme source d’inspiration? Si on veut faire des choses belles et authentiques, on doit rechercher dans l’histoire de la culture propre a chacun.

A ce but, on pourrait créer un comité de consultation en matière esthétique, urbanistique et des perspectives touristiques, constitué par des intellectuels et des artistes de la ville qui ont de reconnaissance internationale.
Une chose est sûre : Marrakech, heureusement, ne sera jamais Paris, ni La Menara ou l’Agdal ne seront Versailles.

Ecrivain espagnol résident à Marrakech, auteur du livre «
Ziryab »


Auteur : Jésus Greus / 20sept.2004
sources
: www.emarrakech.info



 

Une délégation de l'UNESCO en visite culturelle à Marrakech

Une délégation de 40 ambassadeurs et délégués permanents à l'UNESCO et leurs conjoints on effectué du 15 au 19 septembre, une visite culturelle au Maroc.

L'objectif de ce séjour est de permettre au groupe "de découvrir ou redécouvrir le riche patrimoine du Maroc", indique un communiqué de la délégation permanente du Royaume auprès de l'UNESCO.

Selon une dépêche de la MAP, les membres de la délégation se rendront à Marrakech, Essaouira, Agadir et Tan-Tan où ils assisteront au Moussem de la ville réhabilité avec l'appui de l'ambassadeur de bonne volonté et explorateur espagnol Kitin Munoz.



Cette visite est organisée à l'initiative de la délégation permanente du Maroc auprès de l'UNESCO, avec le concours du
ministère du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Economie sociale, du ministère de la Culture et de la compagnie Royal Air Maroc.
Unesco.jpg
 

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés