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Histoire

La fin du statut international de Tanger

Article et photographies publiés dans L'illustration du 7 Sept. 1940

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Une brève dépêche publiée le 22 août 1940 dans la presse quotidienne nous apprenait que le consul général de France à Tanger, administrateur de la zone internationale, avait remis ses pouvoirs à un représentant du gouvernement espagnol, M. Manuelo Nieva, ministre d'Etat...

Venant quelques semaines après l'entrée à Tanger des troupes nationales espagnoles, cette simple cérémonie diplomatique a marqué pour Tanger la fin d'une longue période d'administration internationale. Il semble bien que, dorénavant, les 400 kilomètres carrés et les 72.000 habitants de cette zone si longtemps contestée soient définitivement rattachés au Maroc espagnol, dans lequel ils étaient enclavés.

Successivement carthaginoise, romaine (capitale de la Maurétanie Tingitane), vandale, byzantine, wisigothique et arabe, Tanger avait déjà appartenu à l'Espagne aux XVIe-XVIIe siècles, entre des occupations portugaise et anglaise. Les origines de son régime international étaient cependant assez anciennes.

Dès avant 1800, Tanger abritait les consuls des principales nations européennes. Le régime des capitulations accordait à celles-ci des privilèges de juridiction sur leurs nationaux, d'écoles et de bureaux de poste. En 1840 s'y ajouta la gérance de deux assemblées internationales : un conseil sanitaire et une commission d'hygiène et de voirie.

La convention franco-espagnole du 3 octobre 1904 reconnaissait que « la ville de Tanger garde le caractère spécial que lui donnent la présence du corps diplomatique et ses institutions municipales et sanitaires ». C'était là avant qu'il fût précisé en 1906 par la conférence d'Algésiras, l'acte de naissance du statut de la zone internationale.

Tanger devait posséder une organisation municipale spéciale et une police mixte, aux cadres mi-français, mi-espagnols. Ces principes furent confirmés par la convention franco-espagnole, que compléta, en 1912, l'établissement d’une zone espagnole dans le Rif.

Simple en apparence, ce problème d'une zone internationale était difficile à résoudre, et les nombreux remaniements de son statut en fournirent la preuve. A défaut de pouvoir s'établir elle-même à Tanger, chacune des puissances intéressées -.elles étaient nombreuses - tendait à éliminer ou à neutraliser les unes par les autres les influences adverses.

Tanger constitue la porte d'entrée naturelle d'une partie du Maroc et ne pouvait laisser indifférente aucune nation européenne. Pour l'Espagne, c'était à la fois un corps étranger enclavé dans le Maroc espagnol, la seule voie naturelle d'accès de ce protectorat à son territoire métropolitain et ce pouvait devenir, sous son occupation, le contrepoids de Gibraltar.

La France tenait à sa position de puissance protectrice du gouvernement chérifien, suzerain légitime de la ville. En outre, le port était pour elle l'une des portes d'un Maroc en pleine expansion économique. L'Angleterre, installée à Gibraltar, y voyait une pièce capitale de la serrure occidentale de la Méditerranée. L'Italie s'y intéressait en tant que puissance méditerranéenne, et l'Allemagne, comme à une étape de son développement ultérieur.

A défaut d'une exclusivité que tant de compétitions rendaient impossible, le statut de Tanger devait demeurer l'objet d'un compromis sans cesse remanié, et l'après-guerre, aboutir à un règlement très compliqué, et d'ailleurs néfaste au développement économique de la ville, celui-là même qui vient de prendre fin en 1940.

Les accords de 1923-1925, remaniés une dernière fois en 1928, reconnaissaient sur la zone internationale de Tanger l'autorité du sultan du Maroc, représenté par un «Mendoub», qui faisait fonctions de pacha et présidait l'Assemblée internationale. Des tribunaux mixtes rendaient la justice. Un comité de contrôle groupait les consuls des quatre principales puissances intéressées : France, Espagne, Angleterre, Italie.

Le pouvoir législatif appartenait à une assemblée de vingt-sept membres, dont dix-huit européens et neuf indigènes, présidée par le « Mendoub » du sultan. Quant au pouvoir exécutif, il était assuré par un administrateur, qui, depuis 1923, était le consul général de France à Tanger, assisté de trois adjoints des autres nationalités. Des officiers espagnols et français dirigeaient le service de la sécurité et commandaient, le corps de police indigène.

On imagine aisément combien cette organisation complexe et changeante d'un territoire aux intérêts enchevêtrés était propice aux intrigues. On le vit bien, il y a cinq ans, dans les débuts de la révolution nationale espagnole, alors que des navires de guerre de tous les pavillons .mouillaient dans la rade et qu'une sourde agitation régnait dans la ville.


Bien que nous manquions de détails sur la forme exacte de la remise à l'Espagne de la ville et de la zone internationale de Tanger, il semble que l'ère des intrigues stériles y soit définitivement close.

Pierree  Ichac - L’Illustration - 7 sept.1940
sources : http://www.chez.com/tangerois/  

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