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Voyage au cœur de La Mecque, la renaissance de l’âme

Taïeb Chadi

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Le voyage dans le pèlerinage est presque atemporel. Le temps communément reconnu n'existe point. La première épreuve du cinquième pilier de l'Islam est inhérente à sa durée.
2 millions de pèlerins convergent des quatre coins de la planète vers la Kaâba, laver leurs péchés.


Le vieil homme est petit, chétif, ses bras décharnés burinés par le soleil de la Mecque contrastent avec la blancheur immaculée du tissu qui tient à peine sur ses frêles épaules. Pourtant le petit bonhomme n’a pas l’air de sentir la morsure glaciale du marbre , gambadant allègrement autour de la Kaaba . “La foi soulève les montagnes!”, je compris enfin la portée de cet adage. L’image de ce petit vieux ne quittera pas mon esprit tout au cours de mon pèlerinage.

Les pèlerins montent à l'assaut de la Kaaba les bras tendus vers le ciel. On écoute ici avec plus de plaisir les scansions du Coran qui vous allège le corps et vous berce l'âme. La rébellion des âmes semble enfin apaisée. Ou tout simplement endormie. Dieu, que ta maison est douce!

Inspiration

La tradition musulmane rapporte que la Kaaba a été fondée par Adam et que son emplacement a été indiqué par inspiration divine à Abraham. “Le premier temple qui ait été fondé pour les hommes est, en vérité, celui de Bakka. Il est béni et sert de direction pour les mondes. On y trouve des signes évidents: la station d'Abraham. Quiconque y pénètre est en sécurité”.

Le voyage dans le pèlerinage est presque atemporel. Le temps communément reconnu n'existe point. La première épreuve du cinquième pilier de l'Islam est inhérente à sa durée -près d'un mois- et à l'âpreté du périple qu’ont enduré religieusement plus de 2 millions de pèlerins venus des quatre coins du monde. Laver ses péchés commence, d'abord, par de longues heures d'attente sous les ombrelles du Terminal hadj de Jeddah où les autorités saoudiennes, manifestement trop marquées par les événements du 11 septembre, prenaient bien plus que tout leur temps pour accomplir les formalités sécuritaires et douanières.

Par la suite, les déplacements à l'intérieur de l'Arabie saoudite n'ont pas été de tout repos, même si les routes et autoroutes saoudiennes font partie des meilleures au monde. Le problème a surtout été la longueur des distances à parcourir, très souvent de nuit et en situation de manque de sommeil.

Les pèlerins ont été dans l'obligation de traîner d'une ville à l'autre munis de leurs bagages, des fardeaux qui prendront du poids à chaque étape, au fil des emplettes faites, jusqu'au dernier sou d'un pécule fort maigre, en pensant au retour au pays, à Médine, à Mina, à La Mecque, et aussi à Jeddah.

Tout le temps en mouvement, pris par les obligations du pèlerinage, mais également éblouis par les charmes lumineux des villes saoudiennes et succombant aux attraits de leurs commerces, nombre de pèlerins ne dormaient pas assez, ils connurent ainsi une fatigue des plus stressantes.

Totalement dépaysés et dénués de repères, ils auront eu beaucoup de mal à se situer, à se mouvoir et à exister dans un tel univers. Il s'en est suivi des difficultés d'adaptation aux exigences de la vie à l'hôtel, des personnes qui s'égarent, perdent leur argent, ou se le font voler...

Pris dans la multitude qui le presse à l'étouffement, tout pèlerin avait conscience qu'au moindre faux-pas ou geste malencontreux, il pouvait se blesser ou se faire tuer, lors de l'accomplissement des rituels du “Tawaf" autour de la Kaaba, du parcours de Safa et Marwa et de la lapidation de Satan, à Mina.

Exigences

Le danger de la foule a également été dans les risques de transmissions microbiennes et virales liés à sa très forte concentration, à la promiscuité et à des conditions d'habitat et d'hygiène souvent sommaires, comme au campement de Mina en particulier. Les 29 immeubles où 19.600 pèlerins marocains logeaient à la Mecque sont de condition confortable. Rabat n’est pas toujours le plus court chemin pour aller à Jeddah, puis gagner La Mecque et le paradis.

Malgré l'effort fourni par le staff de la délégation marocaine, des pèlerins mécontents, il y en a eu. Et il y en aura certainement toujours. Certains se sont plaint de leur répartition dans des chambres, sans prise en considération de leurs affinités, leur âge, et leur condition physique. On a vu des Marocaines et des Marocains disciplinés à l'arrivée et à leur sortie de l'aérogare des pèlerins de Jeddah, faisant calmement la queue par petits groupes pour prendre les autocars devant les amener à Médine.

Mais sitôt rassemblés, le charivari a pris le dessus et s'est étendu, dans les ascenseurs, les halls d'hôtel, les locaux aménagés pour le commerce et la restauration et au-delà de leurs limites, à Médine et même à La Mecque. Comme chaque saison, l'ignorance a été une des plaies de ce pèlerinage 2002.
Beaucoup parmi les pèlerins découvraient pour la première fois les réalités de la vie citadine et ses exigences, d'où l'impertinence de certains de leurs comportements.
A leur décharge, rien n'avait été fait, au départ, pour leur permettre de s'adapter plus ou moins rapidement, une fois sur place. Des pélerins marocains se sont souvent montrés abusivement exigeants envers la Mission d'encadrement. Pour eux, la Mission leur devait tout et même plus. Le moindre petit pépin débouchait sur beaucoup de morgue et d'agressivité.

Ce qui était difficilement supportable, mais les responsables de la mission ont tenu le coup. Mobilisés 24 heures sur 24 dans un pays où les autorités n’ont pas une culture de collaboration avec les étrangers , ils auront eu besoin de beaucoup de patience.

“Les pélerins étaient totalement pris en charge par notre délégation. Tout cela a été géré de façon efficace et moderne par Monsieur El Arabi Bouariche du Ministère des Habous”, souligne Najib Zerouali, ministre de l’Enseignement supérieur et président de la délégation marocaine au pèlerinage, pour cette année. Les nombreuses visites effectuées sur place aux pèlerins marocains par M. Zerouali ont été particulièrement appréciées.

Louanges

Sauf qu’avant, on partait pour le pèlerinage au risque de mourir de soif, de se perdre dans l'immensité des déserts du Hidjaz ou de subir les razzias des tribus nomades, mais avec beaucoup de conviction. Aujourd’hui, la foi semble se perdre dans les vicissitudes de considérations bassement matérielles.

En fait, les pèlerins oublient souvent les véritables fins du pèlerinage. Ils étaient souvent stigmatisés par une étrange inquiétude. Alors qu’il est plus simple de s'asseoir, se recaler, devenir un grain de sable qui fait son chemin, un grain d'humanité, un grain du ciel.

En somme, être nu. Invoquer le nom d'Allah, Le glorifier et Lui présenter les louanges et concrétiser le sens de la communauté (Umma) dont chaque musulman est le représentant.

Le Coran n’affirme-t-il pas que “nous vous avons constitués en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez mutuellement. Les plus nobles d’entre vous pour Dieu sont les plus pieux”?

Taïeb Chadi

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