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Actualités

Dialogue entre les cultures

source : Albayane

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Le Souverain au colloque sur le dialogue entre les cultures :

Le Maroc a toujours été une terre de tolérance et de communion, l'universalisme n'est pas l'alignement aveugle sur le modèle dominant

S.M. le Roi Mohammed VI a adressé un message aux participants au colloque sur Le dialogue entre les cultures est-il possible ?, qui a ouvert ses travaux, jeudi matin à Rabat.

Voici le texte intégral de ce message dont lecture a été donnée par M. Hassan Aourid, porte-parole officiel du Palais Royal :

"Louange à Dieu, Prière et Salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons,
Excellences, honorables participants, Mesdames et Messieurs, Nous sommes heureux de saluer votre initiative de soulever la question du dialogue des cultures et avons le plaisir de souhaiter la bienvenue aux éminents penseurs et hommes politiques qui se sont associés à cette rencontre au Maroc, terre de coexistence, de tolérance et de dialogue permanent avec les Etats et les peuples.

Il est clair, en cette phase de l'histoire de l'humanité qu'agitent toutes sortes d'incertitudes, qu'au regard du scepticisme ambiant engendré par la levée des périls de l'intolérance, on ne peut s'empêcher de se demander avec inquiétude si notre monde ne traverse pas finalement une crise de sens, non pas tant d'ordre religieux, mais surtout d'ordre culturel. Il y a à peine une décennie, nous étions persuadés d'avoir franchi définitivement le seuil des antagonismes idéologiques et accédé à une forme de civilisation où toutes les frontières seront abolies.

Le monde, réduit à la dimension d'un village planétaire, laissait présager l'avènement de l'humanité unie par des idéaux partagés, ceux du progrès, de la démocratie et des droits de l'Homme. Une société de l'information et de la communication se profilant dans ce sillage, donnait à penser que l'on était à la veille de l'émergence, pour la première fois dans l'histoire, d'une civilisation commune à tout le genre humain.

Malheureusement, cette espérance en l'avenir n'a pas tardé à s'estomper devant la régression éthique qui a affecté les comportements internationaux après la fin de la guerre froide et qui a consisté à transiger avec les règles consacrées par le droit et la légalité internationale, comme si ces dispositifs n'avaient été créés que pour agencer les rapports entre l'Est et l'Ouest.

Ce besoin ayant disparu, des moeurs d'un autre âge ont refait surface. Vite on a été jusqu'à caresser l'ethnique, appelant même à une purification raciale dont les conséquences furent abominables. On ne s'est pas interdit à instrumentaliser le religieux, non dans la dimension humaniste et transcendante, mais plutôt comme ancrage identitaire et argument de différenciation, voire de rejet.

La lettre primait sur l'esprit ou l'obstruait. Ceux qui crient plus fort, même minoritaires, finissent par avoir raison sur la tendance générale ou le propre d'une religion. Ce sont ceux-là mêmes qui, hélas, vont imprimer un cours fâcheux à la marche de l'humanité par un acte des plus odieux, faut-il le rappeler: le 11 septembre. Si nous avons appelé à une prière œcuménique au lendemain de cet acte horrible, c'était pour rappeler que ce qui rapproche les trois religions monothéistes doit être plus fort que les velléités des nihilistes. C'était aussi signifier que le Maroc sera ce qu'il a toujours été, une terre de dialogue et de communion.

Face à cette dérive qui risque de rendre caducs les acquis de l'humanité dans sa marche vers l'accomplissement d'un meilleur destin, il est urgent de redonner à l'universalisme le sens qui est le sien, à savoir l'égalité de tous devant les mêmes règles de droit. Plus encore: il n'y a pas d'universalisme positif sans reconnaissance des différents particularismes culturels qui doivent le composer.

En effet, - faut-il le souligner ? - l'universalisme n'est pas l'alignement aveugle sur le modèle dominant; il n'a de sens réel que dans l'attachement aux valeurs que tous les peuples peuvent partager au-delà de ce qui peut les différencier. En d'autres termes, il n'est surtout pas ce qui vise à dissoudre les différences dans le moule de la pensée unique, mais ce qui tend à valoriser la destinée humaine par la conjugaison de ces différences et réaliser ainsi l'unité sans détruire la diversité.

Car la différence est aussi une valeur en soi, dès lors qu'elle constitue un droit fondamental que tout peuple authentique peut légitimement revendiquer. De fait, sans différence, il ne saurait y avoir d'échange ni enrichissement mutuel entre les différents groupes humains. Chaque culture a des valeurs qui lui sont particulières, et elle peut tout naturellement avoir sa propre démarche pour mettre ces valeurs en action. L'essentiel est qu'elle contribue, par son génie propre, à l'amélioration de la condition humaine, quel que soit le contexte dans lequel elle agit.

C'est le sens qu'il convient de retenir de la culture ayant pour fondement les enseignements de l'Islam, lesquels font partie du référentiel universel de la culture.

Nous récusons à ce propos l'amalgame et ceux qui veulent voir en cette religion autre chose que ce qu'elle est: un appel à la paix et une invitation à la concorde entre les hommes. Nous savons tous que le fanatisme n'est pas le propre d'une religion particulière et que des sectaires de tout acabit cherchent, par opportunisme, à creuser un fossé entre les civilisations.

Notre devoir est de barrer la route à ces nostalgiques des époques anachroniques.

Le terrorisme international dont le Maroc a souffert à son tour, puise sa funeste raison d'être dans l'intolérance de ces sectaires; il n'est rien d'autre que la forme exacerbée des esprits chimériques. Il ne se nourrit que d'ignorance et de haine, la haine de la paix, de la démocratie et de la solidarité entre les peuples. Il faut, certes, le combattre par tous moyens de droit, mais il faut aussi nous pencher sur ses causes pour l'extirper. Parmi celles-ci, il y a évidemment la régression éthique que j'ai évoquée plus haut et qui est le résultat d'un déficit culturel inhérent au modèle matérialiste dominant.

C'est ce déficit que nous nous sommes attaché à combler en lançant Notre projet de société marocaine ouverte sur la modernité par la pratique de la démocratie et la culture des droits de l'Homme. Tous les courants de pensée sont assurés de pouvoir s'y manifester sans restriction, ni contrainte, pour participer à l'enracinement et à l'ouverture de l'identité nationale marocaine, riche de la pluralité de ses affluents et de ses composantes essentielles, dans la diversité de leurs sensibilités spirituelles, culturelles et civilisationnelles fondées sur la tolérance, la coexistence et la complémentarité.

Notre décision de créer un Institut de la culture amazighe répond à ce souci de restaurer le Maroc dans sa dimension historique et multiculturelle.

Ce sont les penseurs et les intellectuels qui savent avant d'autres comment s'est opéré, à travers l'histoire, le brassage des cultures et des civilisations, et comment se sont cristallisées et consacrées les valeurs prônées par les religions célestes et les nobles principes ayant recueilli l'adhésion de l'humanité tout entière, qui contribueront, nous en sommes convaincu, à jeter les ponts du dialogue, de l'entente et de la solidarité, dans le cadre de la complémentarité entre l'universalisme et la différence culturelle.


Je vous souhaite bon séjour et plein succès dans vos travaux.

Wa Salamou Alaïkoum Wa Rahmatou Allah Wa Barakatouh".

Source: Albayane
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