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Les juifs du Maroc sont inquiets

Angela Doland

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Audrey, 3 ans, a vu son école maternelle juive être évacuée le mois dernier lors d'une alerte à la bombe. Elle doit maintenant traverser un barrage de police simplement pour se rendre dans l'établissement. «J'ai peur de ce que cela pourrait faire sur son psychisme» dit Amar, 26 ans, lors d'une pause au bureau de sa société d'importation.
 

«C'est dur; surtout quand vous n'êtes qu'un enfant.»

Le royaume chérifien a longtemps été un exemple de cohabitation entre juifs et musulmans, témoin d'un espoir de paix possible entre Israéliens et Palestiniens.

Mais aujourd'hui la petite communauté juive à la présence millénaire semble une cible.


Les attentats-suicides du 16 mai à Casablanca ont fait 45 morts, dont 12 kamikazes. Aucun juif n'a été tué, mais trois des cinq attentats islamistes visaient des symboles de la présence juive au Maroc: un cimetière, un centre communautaire et un restaurant tenu par un israélite.

En septembre, deux juifs marocains ont été tués, l'un poignardé à Meknès alors qu'il se rendait à la synagogue, l'autre abattu à bout portant par des agresseurs masqués à Casablanca. Ces assassinats ont abasourdi le Maroc qui se faisait une fierté de sa tolérance religieuse.

Désormais, les juifs marocains se demandent s'il est prudent de rester. Beaucoup sont déterminés à tenir bon, pensant que ce serait un désastre pour le Maroc - et pour l'histoire - si les derniers juifs restants faisaient leurs valises.

Après des dizaines d'années d'émigration, il ne reste plus que 3000 juifs dans le royaume contre 280 000 en 1948. Beaucoup sont allés en Israël, où on leur a garanti la citoyenneté au bénéfice de la «loi du retour». D'autres sont partis en espérant trouver de meilleures conditions de vie en France ou au Canada.

Les membres de cette communauté ont ainsi vu émigrer la plupart de leurs parents et amis. Harry Amar explique que très peu de ses amis d'enfance sont encore ici alors que ses oncles et tantes sont installés en Israël ou en France. «Si j'avais le choix, je ne serai plus ici» explique-t-il en rêvant de New York.

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Joe Kadoch, gérant du Positano, l'élégant restaurant italien visé par les kamikazes du 16 mai, estime que les juifs marocains ont perdu leurs repères depuis les attentats. «Il y a un avant et un après», dit-il; «avant c'était le Maroc, nous étions confiants dans l'avenir. Tout ceci s'est effondré».

Avant l'exil massif de la communauté, «chaque Marocain avait un copain juif, maintenant c'est fini», explique Kadoch qui a décidé de rester malgré la menace terroriste. «Si notre communauté disparaît, c'est une histoire millénaire qui s'effondrera», ajoute-t-il. Il a rouvert son restaurant deux semaines seulement après l'attentat.

Les premiers juifs se sont installés au Maroc il y a plus de 2000 ans, près des six siècles avant l'islamisation du pays par les Arabes. En dépit de pages sombres, comme l'expulsion des juifs de plusieurs villes au XVIIIe siècle, le sort de cette communauté a été plus enviable qu'en Europe, selon les gardiens de la tradition juive marocaine.

Alors que l'Inquisition faisait régner la terreur en Espagne, les juifs espagnols trouvaient refuge au Maroc. Pendant la seconde guerre mondiale, quand les Nazis réclamaient les juifs marocains au gouvernement français de Vichy, la réplique historique du sultan Mohammed V fut: «Il n'y a pas de juifs au Maroc, seulement des Marocains».

Plus récemment, feu le roi Hassan II a joué un rôle clé dans le rapprochement israélo-arabe en effectuant une médiation qui a permis les accords de paix conclu entre l'État hébreu, l'egypte et la Jordanie. Aujourd'hui, un des plus influents conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, est juif, une réalité difficilement concevable dans un autre pays musulman.

À Casablanca, la capitale économique du royaume qui compte encore plus de 30 synagogues, les boucheries «casher» côtoient les épiceries tenues par les musulmans.

De nombreux Marocains semblent fiers d'avoir maintenu en leur sein une communauté juive comme en témoigne la manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes à Casablanca au lendemain des attentats du 16 mai pour dire «non à la haine».

«Tant que nous maintiendrons une petite communauté ici, nous ne serons pas relégués dans l'histoire», explique Simon Lévy, président du musée du judaJisme marocain. «Il est facile de partir, il suffit d'acheter un billet d'avion. C'est plus difficile de rester, c'est plus beau et cela a plus de sens».

Canoe 
2003-11-10

source http://www.emarrakech.info
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