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Actualités

Le regard des Arabes sur leur patrimoine antique

Salim Jay, source : www.lesoir-echos.com

Réf : 1483

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La prodigieuse richesse du patrimoine antique dans le monde arabe émerveille à la lecture du dossier abondamment illustré que propose le n°79 (printemps 2011) de Qantara, la revue trimestrielle de l’Institut du Monde Arabe, à Paris, au moment où deux expositions, à la Bibliothèque nationale de France et au Louvre montrent l’Egypte pharaonique et islamique, vue par l’égyptologue et archéologue Prisse d’Avennes (né en 1807).
Il suffit, pour prendre la mesure de ces trésors archéologiques dans le monde arabe, de passer de la page 27 de Qantara, qui donne à voir, à quelque 60 km au sud d’Alep (Syrie) les fouilles du palais royal (période «proto-syrienne», vers 2500-2300 av. J-C., à la page 28 qui permet d’admirer l’amphithéâtre romain d’El Jem, le plus célèbre monument romain de Tunisie, élevé vers le début du IIIe siècle dans ce qui était alors la province romain d’Afrique. François Zabbal, rédacteur-en-chef de Qantara , assure, en introduction, que «le monde arabe présente ce paradoxe de former une région dont les vieilles pierres sont convoitées par des pays étrangers alors même que sa population continue d’afficher son indifférence, voire son hostilité à l’encontre d’une partie des vestiges qui jonchent son sol».

On se consolera de cette indifférence pouvant confiner à de l’hostilité en lisant dans Littératures méditerranéennes et horizons migratoires, l’anthologie publiée par mes soins en février dernier à la Croisée des chemins, la si belle nouvelle de Mohamed Leftah La main périssable, extraite de son recueil, hélas posthume, Récits du monde flottant (La Différence, 2010). Leftah y campe un Ibn al balad, guide inspiré pointant l’index «vers les lettres majuscules et dorées qui serpentaient sur la façade immaculée» du musée Mahmoud Molahtar. Leftah dit comment il s’émut de «Nahdat Misr», la Renaissance de l’Egypte, œuvre de Mokhtar, plus célèbre sculpteur égyptien du XXe siècle, «où une paysanne élancée, sans voile ni hijab, anticipatrice d’un avenir dont rêvaient Mokhtar et l’élite de son époque, pose délicatement sa main, comme pour le réveiller d’un sommeil millénaire, sur le Sphinx de Gizeh».

Qantara nous amène à nous balader en imagination en compagnie des explorateurs et antiquaires anglais Robert Wood et James Dawkins, dès 1753, alors qu’ils visitaient les ruines de Palmyre. Celles de Timgad, en Algérie, étaient signalées dès 1765 par l’explorateur anglais James Bruce tandis que l’explorateur suisse Burchhardt redécouvrait Pétra en 1812, cette magnifique ville troglodyte.

On signalera que Tintin visite Pétra dans l’album d’Hergé intitulé Coke en stock et que Philippe Cardinal a réuni dans Pétra, le dit des pierres, aux éditions Actes Sud en 1993, des textes d’écrivains tels que Michel Butor, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jabra Ibrahim Jabra, Claude Ollier (romancier que le Maroc inspira aussi), Nabil Naoum, Abdessalam Al Ujayli, Abdelwaham Meddeb, Tahar Ben Jelloun et Gamal Ghitany, avec des photographies superbes de Fouad El Khoury, Jean-Philippe Reverdot et François Sagnes.

Mais revenons à ce numéro de Qantara Patrimoine antique – le regard des Arabes. Fank Beamer qui enseigne à l’Université de Nice Sophia Antipolis affirme que «
les avancées, en cours ou souhaitées, dans les systèmes de formation et de recherche, associées à de nouvelles formes plus partagées de diffusion de l’information, sont deux facteurs puissants de changement de la place de l’archéologie dans les pays arabes».

Michel Gras, directeur de l’Ecole française de Rome dont 90 % des opérations de terrain, entre la fin du XIXe siècle et 1946, se sont faites au Maghreb rappelle «la formation à la recherche des jeunes Maghrébins archéologues et l’accueil à Rome des chercheurs du Maghreb».

Clémentine Gutron, de l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales, se demande, quant à elle : «(V) ont-ils vraiment sauver Carthage ?». Elle écrit qu’il faudrait peut-être rappeler que «la conquête de la Carthage moderne sur la cité antique, et l’instrumentalisation qui en est faite, tour à tour coloniale – avec la marque des Pères Blancs principalement – et nationale – Bourguiba s’est attaché à décoloniser Carthage en y faisant édifier le palais présidentiel à proximité immédiate des thermes d’Antoine (…) – ne date pas d’hier» et elle indique que les atteintes portées au site de Carthage sous Ben Ali sont aujourd’hui dénoncées et combattues «(…) – la luxueuse demeure d’Imed Trabelsi jouxtant la villa romaine de la Volière a par exemple été pillée et incendié».

Taha Hassein n’enseigna-t-il pas l’histoire grecque à l’Université du Caire ?
L’archéologie jordanienne et l’archéologie libanaise sont mises en lumière pour clore un dossier richement illustré qui se ferme sur une photographie troublante du temple de Bacchus à Baalbek (Liban), l’un des mieux conservés du monde gréco-romain.  

Salim Jay

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