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Les marocains

Au nom de la dignite

Abdesselam LERHENANE, Ecrivain marocain

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Le rapport de forces a instauré un ordre établi et celui-ci fait tourner la planète au gré des intérêts des grandes puissances. Le monde arabe ne fait que tourner avec. Parce qu’il détient la manne pétrolière dont dépend l’Occident, le monde arabe est depuis longtemps cloisonné dans des études, des rapports et statistiques, élaborés par les stratèges de la politique, les analystes économiques et autres experts en renseignements des puissances étrangères.

De ce cloisonnement découlent les politiques adoptées vis-à-vis de chaque Etat arabe et des moyens mis en œuvre pour les appliquer sans que l’on lésine sur les détails pour concrétiser sur le terrain les objectifs escomptés.  Une telle approche consistant en la sauvegarde d’intérêts taxés de primordiaux, puisqu’il s’agit du maintien voir de la survie de la domination étrangère, leur a jusque là été payante. Une approche qui repose de surcroit sur une constante conservée indemne depuis la nuit des temps, à savoir, l’incapacité du monde arabe de tisser des liens endogènes pouvant le métamorphoser en une puissance à même de constituer un contrepoids géostratégique. Les outils sont là, disponibles à cet effet, mais nous avons grandi sous ce tristement célèbre adage, nous rappelant suite à chaque illusion, que ‘’les arabes s’étaient mis d’accord de ne jamais l’être’’, un adage qui nous fait paradoxalement rire, mais ne pointe en réalité que les seuls dirigeants arabes.

Nous en sommes la preuve vu que les peuples Marocains et Algériens frères sont innocents quant à la fermeture de leur frontière pour ne citer que cet exemple illustrant l’ampleur d’une aberration qui ne fait pas rire car lourde de conséquences pour les dirigeants algériens seuls responsables, encore inconscients du fait que l’on ne piétine pas impunément les droits élémentaires des peuples. Les puissances étrangères quant à elles, sont bien conscientes de cet état des faits au sein du monde arabe, veillent subtilement à le maintenir et l’exploitent à leur profit.

Nonobstant cette particularité de désunion chez les dirigeants arabes et en dépit de toute autre considération, l’approche des puissances étrangères dans le monde arabe aurait été quant bien même tolérable si (et seulement si) les peuples arabes n’en sont pas les principales victimes. L’arrêt s’impose pour une fois à ce constat, car soudainement l’entorse est rendue incontournable. Les peuples arabes furent en effet, réduits à travers le temps, en une borne déposée sur le bas-côté de la route, inerte et sans âme, ne faisant qu’accumuler depuis l’ère coloniale à ce jour, tellement de frustrations qu’ils n’en peuvent supporter. Quoi de plus frustrant que de se sentir l’élément neutre d’un monde qui s’active et se restructure autour d’eux, dans des partis politiques en mesure d’encadrer les gens, des tissus associatifs dynamiques et volontaristes, des alliances stratégiques et des unions économiques où l’on a troqué les conflits acerbes contre la lutte à la précarité et aux contraintes socio-économiques ; un monde qui génère sous leurs yeux, des Etats émergeant des affres du sous-développement par la volonté populaire conjuguée à une sagesse dirigeante qui a mis le cap vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Les peuples arabes ne peuvent adhérer à cette dynamique en étant démunis du statut de citoyen-contribuable leur conférant le droit à la participation et au contrôle de la gestion de leur pays. Au lieu de cela, ils se retrouvent en tenailles entre, d’un côté l’aveuglement des puissances étrangères décidées à sauvegarder leurs intérêts stratégiques à tout prix, et de l’autre,  la soif du pouvoir qui a piégé bon nombre de dirigeants arabes reconvertis en totalitaires résolus. Ces ‘’laissés pour compte’’, se voient offrir pour seule représentativité, un parti unique au pouvoir qui les prend en charge pour les museler davantage. Le fossé ne cesse de s’élargir entre les populations arabes et leurs dirigeants totalitaires qui ne s’en soucient d’ailleurs guère n’éprouvant aucune gène, dans leur quête d’un soutien des puissances étrangères garantes de leur longévité au pouvoir, à présenter leur peuple en tant qu’épouvantail qui grouille de cellules dormantes de l’extrémisme, capables de perturber la quiétude du monde occidental encore traumatisé par le ‘’11 Septembre’’. Dès lors, tous les moyens sont jugés bons pour cadenasser les issues, dénaturer les urnes, restreindre les libertés et mettre à mal la dignité du peuple tout en pompant dans sa sueur pour en extraire de quoi alimenter des avoirs à l’extérieur (Les fortunes de certains dirigeants arabes seraient l’équivalent des richesses de leur pays).

Ainsi fonctionnent les rouages visibles d’un ordre, établi sur les frustrations des peuples arabes ; des frustrations  qui émanent de tout bord et bien au-delà de leurs frontières. La Palestine en est une source non négligeable en ce sens pour la place de choix occupée dans les sensibilités des peuples arabes en raison des injustices dont les Palestiniens font l’objet. Les atrocités israéliennes qui ont dépassé tout entendement, continuent en toute impunité sous le manteau, des vétos américains, de l’illusoire soutien russe ou chinois et sous le silence complice du reste de la communauté internationale. La mémoire collective des peuples arabes ne saurait oublier la boucherie de SABRA et CHATILA, ni l’insoutenable souffrance d’AHMED DORA immortalisé dans les consciences et encore moins les cris des enfants de GAZA qui se sont tus sous le déluge des bombes israéliennes.  Dans leurs descentes dans la rue, les peuples arabes avaient manifesté, dans la hargne, leur soutien aux Palestiniens tout en dénonçant ouvertement l’incapacité des dirigeants arabes de s’imposer dans ce conflit à commencer par  les dirigeants Palestiniens eux-mêmes, scindés en deux blocs adverses. Dans cet élan de la contestation, RECEP ERDOGAN s’est vu érigé en un héro, venu en mécène protecteur, pour ses propos osés envers Israël bien que la Turquie voit surtout dans le monde arabe un marché juteux pour son économie émergeante. La Palestine est également perçue en tant qu’une bourse des valeurs humaines où l’indice de la dignité arabe rétrograde au plus bas lorsque des transactions aboutissent à l’échange d’un prisonnier israélien contre des certaines de Palestiniens. Le jeune soldat israélien GILAD SHALIT est devenu un héro international dont le sort inquiète et les enfants de GAZA ne sont que le soupir d’un moment.

Tout cela permet de brosser aisément les ravages causés dans les profondeurs émotionnelles des peuples arabes sous le poids de tant de frustrations entreposées en une couche de sédiments venue estomper les gènes d’une race de pur-sang qui avait par le passé, engendré des conquérants, bâti des civilisations et marqué l’Histoire de l’humanité par l’apport de ses scientifiques, ses philosophes et ses hommes de lettres, une race dont la descendance se retrouve aujourd’hui l’échine courbée, ravalant sa fierté et constate son sort scellé pour n’avoir comme seul échappatoire que la soumission au totalitarisme de ses dirigeants et la résignation sous le rouleau compresseur d’un ordre établi où le monde semble s’accommoder sur leur destin.

La communauté internationale convaincue que les peuples arabes sont dans le contexte qui leur est propre et qu’il ne saurait être autrement, s’est retrouvée un beau matin et contre toute attente, en présence d’un sacré canular, un bug venu accueillir le nouveau siècle. femm_invest_ar.jpg

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