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Géographie

Sidi Bennour, Le bric et le broc du souk Tlat

Par Abdelmajid NEJDI | LE MATIN, Source : lematin.ma

Réf : 1434

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Le souk Tlat a ses rues, ses quartiers, ses lieux de transactions commerciales et ses lieux de restauration : une véritable ville même si elle est éphémère.
La veille du jour du souk, c'est à dire le lundi soir, des voitures, des camions, des remorques, des camionnettes et même des carrosses englouties, tirées par des ânes se dirigent vers le Souk, affluent la grande porte.

Et tout ce monde de commerçants se pressent pour occuper la meilleure place afin d'exhiber leurs marchandises.

Ces commerçants étalent pendant toute la nuit leurs marchandises.
À cet instant, on a l'impression que personne ne dort tout simplement. Au souk de Tlat, les paysans apportent leurs productions agricoles et artisanales : grains, fruits, légumes, bétail, poules, œufs, beurre… mais aussi poteries, laine, tapis, nattes, etc. Ils repartent avec les produits venus de la ville : sucre, thé, épices, huile, pétrole, ustensiles en plastique et parfois même du bétail.Les services offerts par les artisans sont ceux de l'artisanat traditionnel (cordonnerie, couture, tissage, forge…) mais aussi des plus nouveaux (coiffure, réparation radio…).
Au souk de Tlat, on y retrouve les paysans ayant parcouru jusqu'à vingt kilomètres ou même plus en plusieurs heures de marche, à dos d'âne ou sur une charrette, les négociants allant de souk en souk au cours de la semaine, et enfin les artisans venus offrir leurs services spécialisés.

Dans cet espace, on y trouve aussi de vieux livres, des cassettes vidéo et CD, de roues de bicyclettes, de téléviseurs vieux d'une trentaine d'années, des plantes, de vieux vêtements et autres ustensiles de cuisine dans des lots de cuillères et fourchettes estampillées Air France ou Royal Air Maroc. Mais, la réalité du souk est là : tous ces articles usés et abîmés trouveront toujours preneur.
Le souk est divisé en quartiers et en boulevards par “spécialisation”. Ainsi, si vous recherchez un meuble neuf ou de brocante, vous n'avez qu'à demander votre chemin et l'on vous orientera, comme si vous étiez dans une ville. Un “ boulevard” du souk ne compte pas moins de cinq gargotes ambulantes abritées sous des tentes de fortune.

On vous servira des petits plats populaires, depuis les beignets, à la bouillie de pois chiches, au casse-croûte, jusqu'aux tranches de foie grillé sur la braise, des brochettes, des boissons gazeuses, du café et du thé à la mente. Ce bazar à ciel ouvert, malgré sa dimension, est complètement livré à lui-même. À l'intérieur, un espace, loué annuellement à des millions de DH par la municipalité, n'a jamais connu de réaménagement. Par conséquent, la boue est omniprésente à chaque fois qu'il pleut. À ce moment-là, tout le monde retrousse le pantalon et patauge dans la gadoue et se retient de tomber. Mais durant toute l'année, le spectacle est impressionnant. Des charlatans, des camelots dont certains vendent des futilités, des diseurs de bonnes aventures, des pickpockets dont les doigts agiles vous tâtent subrepticement les poches, etc.

Dans un coin du souk, une foule se forme en demi-cercle autour d'un vieux à la barbe blanche. Le vieillard préconise un médicament pour l'insuffisance rénale.
Il explique comment le remède agit sur les reins et les rend plus fonctionnels. «Avec ce produit, vous n'ingurgiterez plus des dizaines de médicaments chimiques qui dévorent votre estomac sans pour autant vous guérir», lance-t-il en exhibant des pastilles de couleur verte. Sur l'emballage transparent, aucune écriture ou notification sur le mode d'emploi. Mais, un indice indique que cet « antidote », est importé de Chine puisque toute la quantité est enveloppée dans un grand sachet sur lequel sont imprimés des idéogrammes. Le vieux propose un sachet de dix pastilles contre la somme de 20 DH. Pour faire marcher son commerce, il est discrètement soutenu par deux à trois personnes qui jouent le rôle de badauds intéressés par son produit. Et ça marche ! Des personnes, par curiosité ou par besoin, mordent à l'hameçon.

À quelques mètres de là, un autre présente de petites boîtes contenant une poudre pour le blanchiment des dents. Le monsieur joue également au dentiste. Il invite les passants souffrant d'une rage de dent à se la faire arracher avec une simple pince rouillée.

Plus loin, et dans le grand charivari que provoquent des revendeurs équipés de haut-parleurs et qui inlassablement crient pour attirer le client, un vieux vend des pommades. «Vous avez un eczéma ? Vous soufrez de démangeaisons ? Vous avez des points de rougeur ? Voici la pommade qui vous soulagera instantanément», lance-t-il en exhibant le tube à 5 DH.

Qu'il vente, qu'il pleuve, le souk est toujours envahi! Ici viennent même les commerçants qui ont pignon sur rue à Sidi Bennour pour s'y approvisionner. Le souk est doté aussi d'un abattoir communal et d'une surface pour la vente de viandes. Des vendeurs de viandes, bovine, ovine, caprine et cameline s'entremêlent dans ce marché où l'hygiène n'a pas de place. Les bêtes égorgées dans l'abattoir qui se trouve à quelques mètres du lieu de la vente, gisent toujours dans leur sang. Les eaux de rinçage des abats et autres tripes sont jetées juste devant l'entrée des boucheries. Et quand elles ne s'écoulent pas vers d'autres lieux du souk, elles forment des flaques dans les ornières. Conséquence : une odeur nauséabonde se dégage. À quelques encablures de là, des consommateurs s'agglutinent autour des gargotes.

Mardi après-midi, entre 15-16 heures, les camions et les commerçants partent et laissent derrière eux ce que vous devinez : excréments, des légumes pourries, des emballages de toutes sortes… Ainsi, des détritus s'accumulent ici et là et la situation s'aggrave et prend des proportions alarmantes à tel point que, dans ce lieu où la misère prend différentes formes, la saleté du souk Tlet témoigne de cette misère qui ressemble bien à celle du 18e siècle. Et tout cela pourrait, si le vent est clément, attendre une semaine sans s'inquiéter. C'est selon les cas, il y a des enfants qui viennent y jouer, des moutons et des vaches qui font leurs courses, des chiens errants qui tentent de trouver de quoi manger, le vent qui emporte les sacs en plastiques et les cartons des emballages dans toutes les directions, bref des saletés encyclopédiques !

Les souks dans les Doukkala

Les souks dans les Doukkala permettent bien sûr d'acheter des produits, mais ce sont aussi des lieux importants des relations sociales. C'est aux souks que se règlent les litiges, les emprunts, et aussi les projets de mariage. Les souks des Doukkala sont aussi des lieux de contacts sociaux, des lieux de rencontre avec l'administration : état civil, justice, poste, soins médicaux sont souvent réglés sur le souk. Pour toutes ces raisons, les souks des Doukkala sont des éléments importants de vie et d'organisation régionale dans les deux provinces des Doukkala (Eljadida-Sidi Bennour).

Aux souks des Doukkala, dont les plus célèbres sont Sebt Douib, Tlat Sidi Bennour, Khemis Zemamra, Had Ouled Frej et Tnine Chtouka, la multitude des activités assure la continuité de ces lieux de transactions commerciales vieux depuis belle lurette. Et jusqu'à nos jours, quelques vieux marchands ont su perpétuer certaines traditions pour donner à ces lieux un charme chaque jour malmené par un semblant de modernité. En plus, le joyeux désordre, qui règne dans le secteur des fruits et légumes ou dans celui réservé à la boucherie dans les souks des Doukkala, a son charme. Mais il ne répond absolument pas aux conditions nécessaires d'hygiène.

Produits posés à même le sol ou sur des supports délabrés, atmosphère étouffante, difficulté d'évacuer les déchets, allées visqueuses et risque de glisser sur des peaux, des feuilles ou pelures traînant ici et là. C'est pourquoi il est devenu impératif de remédier aux problèmes d'hygiène, de sécurité et de réorganiser la circulation routière autour du souk, d'arranger la voirie, d'instaurer des sens giratoires et d'aménager de vrais parkings.

Publié le 18 Sept.2010
Par Abdelmajid NEJDI | LE MATIN
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