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Au Maroc, un village berbère lance son festival pour se désenclaver

Par Léa-Lisa Westerhoff - source : http://www.rfi.fr / Publié le 3 juin 2010

Réf : 1423

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C’est l’histoire d’un village minuscule en pays berbère. A Ighboula, un hameau au cœur du Haut Atlas, il y a le chant des oiseaux, le clapotis des sources et le son du vent dans les noyers qui ploient leurs branches au-dessus des maisons. C’est à peu près tout, ou presque.
Il y a quelques semaines, Ighboula et ses deux cents habitants ont décidé de faire revivre une fête traditionnelle oubliée depuis dix ans. Relancer des festivités pour garder vivantes de vieilles traditions berbères, mais aussi tenter de désenclaver le village.

En file indienne, les uns derrière les autres une soixantaine de femmes et d’hommes avancent au rythme des tambourins. Ils sont habillés de leurs plus beaux habits. Les femmes portent des foulards colorés sur leurs cheveux, les hommes de grandes jellabas en laine épaisse. Ils secouent leurs épaules et plient les jambes au rythme de la musique. C’est Achouach, l’une des nombreuses danses traditionnelles de cette région berbère. « C’est l’une des plus typiques ; on la danse à l’occasion des mariages, des circoncisions, pour toutes les occasions joyeuses », explique Hassan Berrouz, guide de montagne venu du village d’à côté pour assister aux festivités d’Ighboula. Car depuis deux jours les habitants de ce petit village berbère ont décidé de relancer une vieille fête traditionnelle: Amawa.

« Amawa, ce sont des festivités qui regroupent toutes les formes de performances orales de quatre villages », explique Sarah Bitoune, une étudiante en anthropologie qui, depuis deux ans, travaille sur le patrimoine oral d’Ighboula et a aidé à relancer le festival. « A l’origine Amawa était célébrée au moment de la récolte des noix en septembre. C’était l’occasion pour les villageois de faire la fête et de faire vivre les traditions orales spécifiques de cette région ». Et des traditions orales, il y en a beaucoup. En pays amazigh, il y a des centaines de chants et de danses par région, c’est l’expression de l’identité berbère.

Les concours de « tinzarin » [devinettes] les soirées de « hadieth », [contes berbères] ou le « tamaweit », une forme d’improvisation poétique en vers qui permet de raconter des choses du quotidien mais aussi de critiquer la société font parti de ce patrimoine oral de plus de 5 000 ans. « A Ighboula il y a des spécificités qu’on ne va pas retrouver à 30 km d’ici », commente Sarah Bitoune.

« Il était une fois un roi et une reine blanche qui eurent un enfant noir », énonce de sa voix lente et assurée, Fatima. Fatima a une barbe et des cheveux blancs teints en roux qui dépassent du foulard qui sert sa tête. Elle ne connaît pas son âge. La vieille femme est venue exprès du village d’à côté pour raconter des contes berbères. C’est un évènement rare. Fatima, est l’une des dernières grandes conteuses de la vallée d’Ighboula. Concurrencé par la culture arabe dominante et avec l’exode rural, le patrimoine oral berbère à tendance à disparaître, analyse Sara Bitoune.

Pendant qu’on sert le thé tout le monde écoute. Fatima est installée sur des tapis et des coussins à même le sol, une trentaine de femmes sont venues. Ici, les hommes ne sont pas admis, la langue des femmes se délie. « La vie est très difficile ici », explique Halima, 30 ans, le visage strié de rides. Autour d’elle toutes les femmes acquiescent. « On va chercher l’eau, on surveille les vaches, on va chercher le bois, on lave le linge et fait la cuisine mais on n’a pas de revenus », poursuit Halima.

Encouragée par la fête et la présence d’étrangers, la parole se libère. Les femmes espèrent des retombées économiques du festival. « On aimerait créer une coopérative de tissage pour vendre nos propres tapis et avoir de l’argent. On aimerait aussi avoir l’eau courante dans la maison », complète Fadma, 35 ans. Les femmes attendent beaucoup de ces festivités, confirme Nora, l’institutrice du village. « Quand on leur a demandé ce qu’ils attendaient du festival, ils ont dit : un pont ».

Ighboula est à trente minutes de marche de la première route goudronnée. Depuis deux ans il y a l’électricité mais pas l’eau courante. La culture des noix suffit à faire vivre les familles mais pas à développer le village.

« Il faut garder nos origines, protéger notre identité mais avec Amawa on veut aussi faire venir beaucoup de monde à Ighboula », explique Mohamed Bousta, l’imam du village qui a récemment construit un gîte de montagne. « Comme on dit en arabe, pourquoi pas frapper deux oiseaux avec la même pierre, c'est-à-dire préserver notre culture et développer la région, car si on essaie pas de résoudre nos problèmes d’eau, de routes, d’éducation, on va non seulement perdre notre culture mais aussi perdre les jeunes de cette région ».

Le pari est risqué, le festival veut attirer des touristes sans tomber dans le folklore. Une dizaine d’acteurs associatifs du monde berbère sont venus assister à cette première édition d’Amawa. Ils ont promis de revenir aider les villageois. En attendant, les femmes continuent à aller chercher l’eau dans les mille sources qui coulent à Ighboula.

Source :
www.rfi.fr
Crédit photos : Léa-Lisa RFI / Westerhoff /

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