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Les marocains

Opinion & Débat, Des saveurs sans frontières

Par Abdesselam Lerhenane

Réf : 1412

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Il y a des havres de paix où il fait bon vivre. A ce titre, reconnaissons à mère Nature, son altruisme pour le travail accompli dans notre environnement immédiat, par la richesse des contrastes offerts. Le Maroc est, en effet, une belle œuvre de la nature, si magistral par ses mers en bordure.
Quand le Sud étale ses dunes bronzées, les hauteurs dressent des cimes enneigées. Et quand le reste explose de verdure, c'est en seigneur, que le soleil s'élève dans l'azur de l'infini. La symphonie de pureté est ainsi composée. Toute fausse note ne serait qu'humaine.
Le Maroc est cet espace. C'est aussi une dimension dans le temps de par des racines lourdes de saveurs ancestrales. Ces saveurs, incrustées dans nos us, gravées dans la pierre, présentes dans les écrits, chants et récits, confortent les assises d'un pays séculaire. Un pays qui affectionne son passé, forgé par ses hommes, en étant au diapason du modernisme dans une évolution toute naturelle, bannissant les affres du déracinement d'à-côté.

Le patrimoine civilisationnel y est maintenu vivace tellement certains rituels, donnent parfois ailleurs, bien du fil à retordre pour leur compréhension. Mais le Maroc pluriel ne fait qu'assumer pleinement son identité dans une dualité intelligemment réussie où se conjuguent les valeurs du passé aux défis de notre époque. La Béià, célébrée au cœur de mégaprojets socio-industriels, illustre la profondeur d'une philosophie. Le Maroc ne saurait adhérer à l'importation de clichés de gestion, moulus dans des idiologies saisonnières. Sa feuille de route émane de ses entrailles pour surgir au grand jour sous les leviers de la sagesse, du génie et de l'audace.

Solidement ancré, bien en phase avec son temps, le Maroc est là, flanqué à la croisée des grands chemins en une rose des vents qui sème à travers ses axes cardinaux, le concentré de sa culture qu'est la tolérance. La barre du civisme est si haut placée par une nation paisible puisque "carapacée" contre le mauvais temps.
Pénétrer les abysses du Maroc profond pour sentir son âme, se projeter en apesanteur dans sa toile surréaliste et s'imprégner de couleurs locales sur fond de henné et des touches d'encens, est un voyage dans la magie d'une réalité qui se découvre au-delà d'un simple regard. Entamez le voyage, les frontières vous sont ouvertes, le pays aussi, ses hommes également. L'hospitalité est sur votre chemin hors des slogans publicitaires. Chaque parcelle de cités, douars et ksours haut perchés, vantera son lot de la mémoire collective, tissée par les architectes d'une civilisation millénaire, fussent-ils guerriers ou conquérants, hommes de lettres et des sciences, artistes ou artisans. C'est, tant de richesses léguées en saveurs ancestrales que le présent a su chérir.

Le Maroc contemporain ne laisse pas indifférent. Les Américains se disent impressionnés, les Européens sont séduits et par voie de conséquence, les dirigeants de l'Algérie semblent dérangés (un signe de bonne santé). L'aspect sous lequel se présente le Maroc d'aujourd'hui, est la conséquence d'une métamorphose enclenchée dès l'aube du nouveau millénaire, soit, une décennie pour doter le citoyen du statut qu'il mérite dans un univers en mutation. Mais c'est le pays entier qui se voit érigé au statut avancé, un clin d'œil des grands de ce monde en reconnaissance des efforts consentis, et surtout, un précieux préalable au décollage économique. L'expérience du Maroc fait cas d'école et c'est tout à son honneur. Sur d'autres versants, le Maroc maintient le cap sur les horizons des lumières et de l'épanouissement spirituel. Il impose les jalons pour un Islam tolérant face aux dérives exogènes comme il s'impose sans complexe au sein des penseurs de notre époque en s'impliquant généreusement pour l'instauration du dialogue interculturel et interconfessionnel pour une Méditerranéenne "repensée" dans le rayonnement des valeurs universelles.

Le rapprochement des peuples dans ce berceau de l'humanité est sur sa ligne de mire. Dans le sillage de cette réflexion profonde, bien des convictions sembleraient utopiques. Ceux qui ont pu et su découvrir le Maroc authentique, savent que dans ses profondeurs, là où réside la grandeur d'une âme, qu'un cœur bat pour son autre moitié de l'autre côté de Zouj-Bghal et qu'une main persiste, obstinément tendue vers l'Algérie, avec l'inébranlable certitude de l'imminence d'une union. Le leadership est notion désuète, diluée dans de solides bloques régionaux. Les frontières sont rendues poreuses sous la mondialisation et la première puissance mondiale a eu besoin en ce 21e siècle, du soutien des autres pour atteindre ses objectifs, la crise financière étant là, porteuse d'enseignements. L'union est bien imminente. Bien sûr que nous avons reçu des coups bas dans les méandres de la diplomatie algérienne et attendons ceux en gestation. Le Maroc a la sagesse et la capacité nécessaires de gérer cette période de turbulence sachant qu'il n'est toujours pas facile pour certains, d'enterrer leur célibat. L'Europe est drainée par une locomotive Franco-Allemande.

Deux pays qui vécurent les pires des souffrances avant de se connaître et trouver l'intérêt commun. Nous nous connaissons profondément et nos peuples savent pertinemment où réside leur intérêt. Que nos enfants se rassurent, la guerre n'aura pas lieu en dépit du colossal manque à gagner pour le peuple algérien, versé dans des arsenaux de destruction. Souhaitons longue vie à l'ami Dériassa pour célébrer cette union.

Le Maroc est ainsi fait, terre d'une nation fière d'être elle-même. Il ne reste qu'à y effectuer une ballade dans une destination particulière, là où ce qui apparaîtrait un compte de fée, n'est en réalité qu'une fresque parmi celles qu'a su produire le Maroc. Il s'agit d'une « parcelle » d'une époque lointaine ayant échappé aux sédiments du passé, venue telle une étoile filante se blottir au cœur d'une cité impériale, côtoyant notre quotidien et mener en toute quiétude son train de vie d'autrefois. Cette « parcelle » de jadis est un lieu mythique, à l'abri sous la protection de saints gardiens, un espace dégarni, au centre duquel évoluent des acteurs dans des rôles définis et qui agissent en maîtres des lieux. Ils entretiennent de longue date une relation de respect et de dévotion envers leur espace. Parmi les acteurs présents, un groupe attire étrangement l'attention.

C'est une tranche de notre société réduite à cinq jeunes personnes, d'allure quelconque, tout sourire et plaisants. Pour peu que l'on ait la sensibilité requise, en prendrait pied dans l'étendue de leur personnalité, qu'ils entretiennent en filigrane par humilité. Elle est faite de cru sur un socle de principes et de conviction en des valeurs. On y distingue aussi de la dignité, une étoile verte, du soleil ainsi que des écorchures de la vie dont les saignements s'évaporent en paroles. Ils sont artistes mais pas comme les autres, leur groupe n'a pas de nom. Chaque soir, ils se produisent en concert, ne vivant que de cela et pour cela. Leur salle de concert est à ciel ouvert et les murs transparents. Leur podium est un vieux tapis tout en loques et les projecteurs ne sont autres qu'une ancienne lampe à gaz. En face d'eux une foule sous hypnose. A l'œuvre, c'est par des paroles décortiquées de tout superflu, éjectées du fond de leur âme, empaquetées dans des mélodies dont ils ont le secret, qu'ils immobilisent, envoûtent et bercent l'assistance au gré de leurs chansons, parfois dans une ambiance de joie et d'allégresse, souvent dans les réalités de la condition humaine. Chaque soir au rythme de leur chant, le magnétisme plane sur un flanc de la Place Jamâa Lafna.

La Place Jamâa Lafna, un lieu où l'on respire autrement, un espace sans ancrage qui glisse dans le temps. C'est l'étoile filante larguée par nos ancêtres, venue s'imposer face au 21e siècle telle une insolence, pour se nourrir des facettes de notre vécu et se lancer indemne, à la conquête des nouvelles ères que connaîtra Marrakech. On ne fait que passer par la Place Jamâa Lafna, réduite en une simple escale dans sa trajectoire infinie. La région entière vibre au rythme de cette place dont le pouvoir déloge les êtres des quatre coins de la planète pour son pèlerinage. Marrakech possède bien ses monuments imposants de rare beauté mais inertes. Il est indéniable que des efforts fort louables ont été intelligemment investis pour l'embellissement d'une ville qui s'étire dans l'acharnement de contenir l'Eden dans des Riads. La Place Jamâa Lafna restera à jamais le poumon de la cité impériale, mais elle refuse de s'enfermer dans des pellicules en tant que toile folklorique pour meubler le paysage.

Elle vit dans le mystère qui l'entoure par ses acteurs qui sans eux, elle serait réduite en une plaque commémorative. Regardez là autrement, la Place Jamâa Lafna ne se découvre qu'à travers les sensations de l'être, dans le respect de la profondeur de son histoire. Ce fut un survol sur une fresque de notre album.

Ménageons ces bourgeons qui craquellent en paix. De nouvelles saveurs s'en dégagent.

Par Abdesselam Lerhenane* | LE MATIN

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