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Actualités

Ombres et lumières sur l’économie du Maroc, Trajectoire et perspectives

Hassan ZAOUAL, Professeur des Universités

Réf : 1392

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« Pour développer l’Angleterre, il a fallu coloniser la moitié de la planète, que faut-il pour développer l’Inde ? » Mahtma GANDHI….Et la Chine … !

Introduction :

Cette synthèse sur l’économie marocaine repose sur un ensemble de travaux effectué au sein du Groupe de Recherche sur les Economies Locales, GREL, Laboratoire de recherche sur l’Industrie et l’Innovation de l’Université du Littoral Côte d’Opale en France. Ces études ont fait l’objet de publications internationales et de thèses de doctorat présentées par une quinzaine de jeunes marocains, aujourd’hui, Professeur-assistants et

chercheurs au Maroc. Elle tire aussi sa substance de rapports officiels nationaux et internationaux portant sur l’économie, la société et l’environnement au Maroc.

Le Maroc est un pays qui a le privilège d’être situé géographiquement au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Monde arabe 1. Cette spécificité se manifeste au plan, à la fois, de sa culture nationale et de ses dotations environnementales qu’il faudrait protéger. Sa diversité culturelle ainsi que sa biodiversité font de lui un pays laboratoire pour tout projet international cherchant à revaloriser la civilisation méditerranéenne. Il est donc incontournable dans les tentatives actuelles et futures de promouvoir de nouveaux modes de développement réconciliant l’économie et l’écologie tout en veillant à la cohésion sociale et à la stabilité en Méditerranée.

C’est avec cet esprit que cette note est rédigée. Elle se veut diagnostique et futurologique. Aujourd’hui, l’économie comme la société est en pleine mutation au Maroc. Dans ce processus de transformation, il y a des acquis mais aussi des « trous noirs ». Comment alors y voir clair pour mieux anticiper le futur de ce pays qui a adopté, sans hésiter, les conventions internationales allant dans le sens des impératifs du développement durable ?


I) La trajectoire de l’économie marocaine.

L’histoire économique contemporaine du Maroc indépendant peut être subdivisée en deux grandes périodes. La première phase est celle d’un « développement protégé » que les économistes auraient tendance à qualifier de modèle de l’import substitution et la seconde période est celle qui débute avec les années 80 marquées par un revirement de sa politique macroéconomique en faveur d’une grande ouverture économique.

L’expérience de l’industrialisation par substitution déclenchée dans les années 60 et renforcée dans les années 70 avait épuisé ses effets. En devenant contre productive, cette politique de développement n’a pas su transformer les opportunités qu’offrait, du moins selon la théorie de l’économiste allemand Friedrich List, le protectionnisme en avantages structurels. La protection a alimenté des situations de rente particulièrement dans le secteur secondaire même si certaines industries comme celles du textile ont assuré durant la décennie 70 un rôle dynamisant au plan des exportations. Cet avantage comparatif s’est vite réduit suite au coup de boutoir de la concurrence asiatique dès la décennie 90. Dans ce contexte, Joseph Schumpeter, théoricien de l’entrepreneur et, un moment de sa vie, Ministre des Finances d’Autriche, dirait la bourgeoisie a accumulé des richesses à l’ombre de l’Etat sans innover pour s’adapter aux lois de la concurrence.

Par conséquent, le surendettement de l’économie du Maroc a conduit, dès le début des années 80, à un diagnostic mettant en relief les déséquilibres macroéconomiques : déficit budgétaire croissant, creusement du déficit extérieur et un taux d’inflation fortement alimenté par une demande globale sans contre partie au plan d’une production diversifiée et innovante capable de tenir tête à la concurrence internationale. Avec la chute du prix des phosphates (la malédiction des ressources), l’économie marocaine plonge dans le rouge dès la fin de la décennie 80.

Dit autrement, durant les décennies 60-70, l’économie marocaine avait tendance à épouser les contours d’une économie de rente (financement par les ressources naturelles notamment les phosphates) que seuls les transferts des émigrés stabilisaient quelque peu. Et, ce n’est pas un hasard que l’économie dite informelle a pris aussi le relais dans la nécessaire régulation économique et sociale que demande la situation réelle du pays 2. Cette fragilité se retrouvait reflétée par les trop fortes oscillations de son taux de croissance durant les années 80. Celui-ci, bien que statistiquement la part du secteur agricole ait tendance à régresser dans la structure du PIB du pays, reste fortement corrélé à la pluviométrie du pays.

C’est un paradoxe statistique permanent de l’économie marocaine. Les sécheresses cycliques que connaît le Maroc, dont la relation avec le changement climatique est plus que probable
3, marquent fortement le comportement chaotique de la croissance de l’économie de ce pays. Le dicton populaire sur l’économie marocaine « Prévoir, c’est pleuvoir » reste, donc, d’actualité et se renforce avec la dégradation des écosystèmes du pays et le réchauffement de la planète.

Les effets des programmes d’ajustement entrés en application depuis le début des années 80 sont ambivalents. D’un côté, ils ont contribué à rationaliser la politique économique en diminuant de façon significative la croissance du déficit budgétaire et en relancer les capacités entrepreneuriales du pays. De l’autre côté, ces réformes d’inspiration libérale mises en oeuvre n’arrivent pas à bout d’un certain nombre de problèmes sociaux (inégalités sociales, emploi, habitat, environnement). Les seconds entachent les résultats positifs de la Réforme. Détaillons alors notre diagnostic.

A la lueur du chemin parcouru par l’économie marocaine depuis le déclenchement de la réforme économique, il est indéniable que ses structures ont évolué en direction d’une économie présentant les signes extérieurs d’une relative opulence.4 La concurrence produit ainsi ses effets sur la quantité et sur la qualité des marchandises disponibles sur le marché national. L’offre de biens et services s’en trouve diversifiée de manière significative.

D’ailleurs, concrètement, la grande distribution a fait son entrée dés le milieu des années 90. Son développement actuel est un des traits caractéristiques de l’économie des services de ce pays. De même, la « nouvelle politique touristique » amplifie cette métamorphose de l’économie marocaine en phase avec une demande internationale accrue dans ce secteur que les transports aériens facilitent et les grands opérateurs stimulent 5.


Cliquez ici Pour télécharger et lire l'intégralité de ce rapport :
http://www.tanmia.ma/IMG/pdf/Ombres_et_lumieres_sur_l_economie_du_Maroc.pdf

Notes :
1 Hassan ZAOUAL, « Le Maghreb, carrefour entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. Vers un monde pluriel ». Foi et développement, n° 317, pp. 1-4, octobre 2003, Centre L. J. Lebret, Paris.

2 Cf. Hassan ZAOUAL, Les économies voilées du Maghreb, L’Harmattan, 2006.

3 Voir Groupe d’Etude et de Recherche sur les Energies Renouvelables et l’Environnement, GERERE, Ministère de l’aménagement du Territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’environnement, Communication Nationale Initiale à la convention Cadre des Nations unies sur le Changement climatique, octobre 2001. Rabat.

4 Selon les statistiques officielles, l’amélioration de la croissance et de l’emploi s’est traduite par une augmentation du niveau de vie moyen des citoyens marocains. En effet, le PIB par habitant passe de 15800 dirhams en 2001 à 20400 dirhams en 2006. Du même coup, l’Indice de Développement Humain progresse de 1,4% et, par conséquent, la pauvreté s’en trouve réduite à 14,2% en 2004, selon le dernier recensement de la population effectué par le Haut Commissariat au Plan. 5 Concernant le Maroc, le nombre de touristes en 2001 et 2006 est respectivement de 4,6 millions et de à près de 6,6 millions, soit une augmentation annuelle moyenne de 7% contre 3,2% au niveau mondial. Le volume des recettes étant de 52,5 milliards de dirhams en 2006, soit une hausse de 16,1%. Il est à noter que le secteur du tourisme est devenu le premier pourvoyeur de devises, devançant ainsi les recettes générées par les Marocains Résidant à l’Etranger (MRE). En dépit des incertitudes géopolitiques en Méditerranée et de la conjoncture économique en Europe, la croissance touristique présente un rythme soutenu depuis 2004. 6 Séloua GOURIJA, Tourisme et développement durable : quelles conjugaisons ? Expérience marocaine, GREL, Thèse de doctorat, Université du Littoral Côte d’Opale, 2006 ; voir aussi Delphine ROUSSEL, Tourisme et développement local. Expérience de la Réunion, Thèse de doctorat GREL, Université du Littoral Côte d’Opale, 2006.


Hassan ZAOUAL,
Professeur des Universités, Directeur du Groupe de Recherche sur les Economies Locales, GREL/Laboratoire de recherche sur l’Industrie et l’Innovation, Université du Littoral Côte d’Opale, France.

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