onglet_artsouk onglet_artsouk

 

photohistech2.jpg

Actualités

La teinture des textiles en Afrique du Nord et au Proche-Orient

www.chbeauxarts-prodecom.org/artisanat

Réf : 1183

Visites : 3065

Les colorants naturels
Dans les régions orientales de tissage, chaque village avait généralement son teinturier, souvent un Juif, son art était un secret précieusement gardé.
Malgré l’utilisation des mêmes matières colorantes dans tout le Proche-Orient, il existait d’énormes variations de couleurs car la teinte finale ne dépendait pas que des ingrédients employés mais aussi du type de laine et surtout de la qualité de l’eau. On peut avec de l’expérience, associer à des régions particulières certains tons bien définis. Jusqu’à l’apparition des colorants synthétiques dans la seconde moitié du 19ème siècle, toutes les teintures étaient naturelles, comme la garance (1), l’indigo (nila en arabe) ou le safran (za’faran en arabe) qui produisent les nombreuses variantes de rouge, de bleu et de jaune. La teinture rouge légèrement pourprée de la garance est extraite de la racine de Rubia tinctorum et autres plantes du genre Rubia. Les feuilles d’indigotier, quant à elles, produisent une teinture bleue selon un procédé plus complexe. Elles sont broyées, fermentent, sont mélangées à un peu d’argile, de potasse, de sucre, de raisin et de chaux éteinte. Par ailleurs, on extrait le jaune rougeâtre du safran sauvage, tandis que le safran cultivé donne le jaune dur ; un jaune clair est distillé de la racine du curcuma.

On mélangeait ainsi les couleurs primaires entre elles pour obtenir une vaste gamme de teintes secondaires. Dans la plupart des tapis anciens, on trouve entre 6 et 12 teintes différentes. Parmi les autres matières colorantes, on retrouve de manière récurrente des baies, des plantes, des fruits, des écorces d’arbres, des champignons, voire des insectes comme la cochenille (2). Les jaunes, ocres, bruns et verts résultaient d’un savant dosage de henné, de noyer (3) ou d’écorce de grenade (4).

La couleur noire, peu utilisée, est extraite de l’oxyde de fer : c’est la seule teinture d’origine minérale. Certains des agents servant à la production de certaines de ces couleurs, surtout le brun, ont un effet corrosif et la laine teinte de fer tend à s’user plus vite. Bien que les couleurs naturelles soient résistantes, elles perdent légèrement leur éclat avec le temps quand on les expose à la lumière mais cet affaiblissement produit un effet plaisant, harmonieux que les couleurs chimiques ne peuvent égaler.


Les étapes de la coloration
Avant de teindre la laine, on la fait d’abord dégorger à l’eau chaude puis on la plonge dans un mordant. Les mordants sont des sels métalliques (alun, aluminium, sulfate de cuivre, sulfate de fer, fer, étain, etc.). Ils se combinent à la fibre pour donner une laque insoluble dans l’eau de lavage. Par ailleurs, ces mêmes sels réalisent avec les principes colorants des combinaisons colorées extrêmement résistants. Le mordant constitue ainsi une sorte de trait d’union entre la fibre et le principe colorant. La laine est ensuite placée dans une cuve emplie de la teinture qu’on a préparée à l’avance et on fait bouillir le tout. Après quoi, on lave dans l’eau, courante si possible.

La modernisation a fait apparaître les colorations chimiques
Les teintures aux colorants naturels constituaient un art empirique qui nécessitait une expérience et une habileté rares. La lenteur des procédés et les difficultés de teinture ont poussé les artisanes à troquer ces colorants naturels contre des poudres chimiques au prix modique et facilement utilisables. Des couleurs inédites ont fait leur entrée dans une sobre palette primitive.

Les couleurs chimiques sont réparties en deux groupes et sont d’une qualité tout à fait inférieure à celle des teintures naturelles. Le premier groupe est celui des teintures acides ou à l’aniline, teinture extraite du goudron de houille. Produite dès les années 1860, elle se rencontre partout au Moyen-Orient à partir des années 1880. Le nom de cette substance, dont les teintes les plus fréquentes sont le rouge bleuté et le pourpre, vient du mot portugais anil, qui signifie indigo. Les couleurs de l’aniline sont très fugitives et se fanent totalement sous l’action de la lumière et des alcalis.

Le second groupe, plus complexe, est connu sous le nom de teintures au chrome, teinture synthétique tenace, mordancée par du bichromate de potasse. Cette couleur et d’autres encore plus récentes sont maintenant utilisées dans la plus grande partie des régions du monde où l’on fabrique des tapis. La teinture au chrome a pour principal inconvénient d’être trop tenace et de manquer de raffinement.


Sources :
L. GOLVIN, Les arts populaires en Algérie, Alger, Publication du gouvernement général de l’Algérie, 1950.
E. GANS-RUEDIN, Connaissance du tapis, Fribourg (Suisse), Office du livre, 1971.
Sous la direction de I. BENETT, Tapis du monde entier, Paris, Bordas, 1982.

(1) Fuw-wa en arabe, tarba en kabyle. Commune dans les oasis du sud algérien.
(2) La cochenille donne ainsi un rouge écarlate semblable à celui de la laque animale, mais plus brillant. On l’obtient en broyant le corps de ces insectes originaires du Mexique et des Antilles. La cochenille est importée en Europe depuis le 16 ème siècle et pas avant la fin du 18 ème au Moyen-Orient.
(3) L’écorce de la racine du noyer se dit meswek en arabe.
(4) L’écorce de grenade est appelée qušur rumman en arabe.

fes_cosmo2.jpg
 

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés