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Orientales

Katim Alaoui, pour l’amour de l’argan

Le Figaro Madame.Le 18.11.2008 par Gaëlle Rolin

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A 47 ans, cette pharmacologue marocaine rêve de voir les arganiers de son pays protégés de la cupidité des hommes. Convaincue du trésor qu'est leur huile pour la santé et l'économie de son pays, elle assume avec passion son rôle à la tête de la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l'arganier.

 

 

 

 

Elle a toujours eu un flacon d’huile d’argan à la maison. Que sa famille utilisait en cuisine, pour ses propriétés contre le cholestérol, notamment, mais aussi en huile de massage ou comme médicament naturel. « C’est un excellent anti-inflammatoire, explique Katim Alaoui. Les gens l’utilisent aussi comme cicatrisant, contre les traces laissées par les boutons de varicelle par exemple. » Sa voix est douce. Son flot de paroles, sans temps mort. Elle connaît parfaitement son sujet. Qui la passionnait bien avant que la mode de l’argan ne touche les beauty expertes de la planète.

Professeure à la faculté de pharmacie de Rabat depuis dix-huit ans, Katim préfère de loin les secrets des plantes aux froides substances chimiques. Une proximité avec la nature qu’elle explique peut-être par ses années passées dans les montagnes d’Ifrane, dans la région de Fès. « J’ai grandi à différents endroits du royaume à cause de la fonction de mon père, qui était préfet », confie-t-elle.

Elle poursuit ses études de pharmacie à Bordeaux, avant de rentrer à Rabat et de se lancer, il y a quinze ans, dans un travail de recherche sur les plantes médicinales marocaines. Elle avoue d’ailleurs regretter de ne pouvoir enseigner la phytothérapie. Mais avec les arganiers, quelque chose de plus se passe. « Le volet socioéconomique et écologique s’est rajouté au côté thérapeutique, jusqu’à devenir une priorité au nom des trois millions de Marocains qui en vivent », analyse-t-elle. En 2004, elle prend la tête de la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier : « C’est une chance de se réveiller chaque jour avec ce combat passionnant à mener. » Elle lui consacre sans compter tout son temps libre : « Le siège de la fondation se trouve à la faculté. Alors, dès que mes étudiants veulent me voir, ils savent qu’ils vont me trouver ici, en pleine discussion avec une femme d’une coopérative. »

 

« L’ARGAN, C’EST UNE AFFAIRE DE FEMMES »

Car Katim Alaoui marche aussi à l’affect : « Quand vous voyez ces femmes se piquer les doigts à longueur de journée en concassant les noix d’argan, vous ne pouvez que vous incliner. » Sa voix n’est plus si douce lorsqu’elle raconte qu’« après la mise en place des coopératives de production, trop de personnes ont joué les intermédiaires avec les firmes cosmétiques, se servant au passage sur les bénéfices des femmes ».

C’est pour assainir ce secteur qu’elle tient tant à la mise en place de l’indication géographique. Une espèce d’A. O. C. qui protégerait le savoir-faire du pays : « Si vous voulez que votre huile soit certifiée IG, il faudra qu’elle soit produite et transformée en terre d’argane, entre Essaouira et Agadir. Ainsi les firmes travailleront directement avec les coopératives. » Actuellement, la fondation réfléchit à la définition de cette indication géographique, un exercice d’équilibriste pour satisfaire tous les acteurs. N’est-ce pas compliqué d’être une femme au milieu de ces batailles ? « La question ne s’est jamais posée, tranche Katim. De toute façon, l’argan, c’est une affaire de femmes. »

L’autre objectif de la fondation, c’est de sauvegarder les 600 ha d’arganiers qui disparaissent chaque année. Pour cela, elle sensibilise les populations à d’autres manières de cuire des aliments et de se chauffer. Elle tente, par exemple, de faire installer des cuiseurs solaires dans les cantines des écoles de la région d’Essaouira. Une opération qui tient à coeur à la mère de famille qu’est Katim : « Les mamans des élèves viennent goûter les tagines cuits grâce au soleil. Le but, c’est qu’à terme, ces cuiseurs soient vendus à un prix très bas aux familles. »

Même ses filles de 17 et 12 ans sont depuis longtemps acquises à la cause de ces femmes : « Elles ont déjà abreuvé leurs classes d’exposés sur l’huile d’argan ! » Et semblent faites du même bois que leur mère : « Elles pleurent aussi facilement que moi, de bonheur comme de peine. »

Par Gaëlle Rolin.

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