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Atelier d’échange autour de la microfinance et du genre : approfondir les connaissances

M.B. le 19.06.08 source : albayane.ma

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Le Projet Genre (GTZ/Ministère du Développement scial, de la famille et de la solidarité) et PlaNet finance Maroc ont co-organisé récemment un atelier d’échange sur «Microfinance et genre» au Centre Mohamed VI de soutien à la microfinance solidaire à Casablanca.

L’objectif était de discuter, devant une assistance composée de responsables d’associations de microcrédit, d’associations de défense des droits de la femme et de bailleurs et institutions publiques, le lien désormais établi entre microfinance et émancipation féminine.

Lors de la première conférence-débat, Sanae Bennesser Alaoui, experte chargée de mission chez GTZ-Genre, émanation de la Coopération technique allemande visant à intégrer l’approche genre dans les politiques de développement économique et social, a abordé le cadre politique, juridique et stratégique en matière de genre au Maroc. Elle a commencé par proposer une définition du «concept genre». Le genre n’est pas le sexe, a-t-elle rappelé, tout en précisant que le sexe se rapporte aux différences biologiques entre l’homme et la femme, alors que le genre fait référence à la différence entre leurs rôles sociaux. En outre, deux principes fondamentaux sont à la base du concept genre : l’égalité et l’équité. Cette dernière vise à compenser les discriminations à l’égard des femmes.

Le Maroc est plutôt mal classé en la matière, puisqu’il se classe en 122e position sur 128 selon le Global Gender Gap Report 2007. Un classement de surcroît en recul par rapport à 2006. Toutefois, il existe au Maroc, au niveau politique, une stratégie nationale en faveur du genre. Le concept est d’ailleurs intégré au sein de l’INDH, dont l’objectif est que femmes et hommes influencent de façon égalitaire les programmes de développement, et qu’ils en profitent... également Didier Krumm, directeur Formation à PlaNet Finance Maroc, a ensuite résumé les principaux points développés dans la publication de l’organisation ADA : «Microfinance et Genre : de nouvelles contributions pour une vieille question».

Cette publication réunissant à la fois une réflexion sur le thème et des études de terrain permet de revisiter un certain nombre d’idées reçues lorsque l’on parle du rôle de la microfinance auprès des femmes.

La première idée reçue est que «les femmes sont parmi les plus pauvres et il convient donc de les aider en priorité». Les auteurs nuancent cette idée en avançant que les femmes sont parfois utilisées comme des prête-noms pour des hommes qui souhaitent un crédit. En plus, le prêt peut être détourné et investi dans une activité masculine. Enfin, la féminisation de la dette peut provoquer l’effet inverse et engendrer un appauvrissement plus grave.

La seconde a trait à «l’accès aux services financiers qui constitue une opportunité vers une plus grande autonomie. Et le problème c’est qu’il est difficile d’attribuer à un seul outil de financement, le pouvoir de changer les comportements et de modifier des normes socioculturelles.»

Troisième idée reçue : «accorder des microcrédits aux femmes permet d’améliorer le bien-être de la famille». Cependant, le microcrédit peut être une source de tension et de violence dans les ménages, car il peut provoquer un nouveau comportement chez la femme. En outre, il existe des cas en Inde où le prêt est assimilé à une dot imposée à la femme. Enfin, la hausse du revenu de la femme peut parfois amener une baisse de la contribution de l’homme au ménage, aboutissant à une stagnation du revenu familial.


Le prêt moyen en défaveur des femmes
Et la dernière et non des moindres idées s’intéresse sur le fait : «accorder des microcrédits aux femmes permet d’assurer la pérennité financière des Institutions de microfinance (IMF)». En effet, les femmes remboursent mieux. Le problème est que cet argument financier est souvent avancé avant le souci d’égalité et d’équité entre les genres. Par ailleurs, il faut souligner que le prêt moyen des hommes est généralement supérieur à celui des femmes.

Cette publication insiste sur le fait que le ciblage des femmes ne doit pas être un substitut aux politiques de genre pour les programmes de microfinance, comme cela est trop souvent le cas. De fait, les IMF doivent faire un examen structurel afin de traquer les politiques de crédit entravant l’accès des femmes aux produits sophistiqués; d’instaurer une culture professionnelle au sein de leur personnel tenant compte de la dimension genre; et s’interroger sur la sous-représentation féminine au sein des structures de direction et de gouvernance des IMF.

Abdelkader Ftouhi, membre de l’association de microcrédit AMAP-TAMWIL, a ensuite présenté l’étude «Genre et microfinance en milieu rural» qu’il a réalisée de 2006 à 2007 pour le compte de la FAO. A cette époque, les associations de microcrédit (AMC) marocaines étaient faiblement encore présentes en milieu rural. En outre, les femmes étaient faiblement représentées dans leurs instances dirigeantes, ainsi que dans celles de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM), ce qui est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. Elles sont en revanche plus présentes au niveau opérationnel.

Selon lui, malgré quelques réserves, le microcrédit reste un outil privilégié pour l’«empowerment » économique des femmes.

Isabelle Guérin, économiste et chercheur en microfinance, l’une des auteurs de la publication de l’organisation ADA «Microfinance et Genre : de nouvelles contributions pour une vieille question», a ensuite exposé l’objet de ses recherches. Mettant l’accent sur le cas indien, qui est celui qu’elle a le plus étudié, elle a souligné que le cercle vertueux de la microfinance, qui sort les femmes de la pauvreté, se transforme parfois, malheureusement, en cercle vicieux. Ces résultats contrastés sont dus à plusieurs facteurs. Tout d’abord, chaque IMF a son village-vitrine qu’elle montre volontiers aux bailleurs de fonds et autres regards extérieurs. Mais la réalité est souvent moins parfaite.

En outre, les IMF sont diverses et, alors que certaines ont une approche intégrée (incluant l’aide à la commercialisation, l’alphabétisation, la sensibilisation des femmes à leurs droits, etc.), d’autres ont une approche purement financière. Les contextes locaux sont également très différents. «Pour moi, le noeud de l’affaire est que les femmes ont tendance à être enfermées dans des rôles sociaux limités», a-t-elle souligné. Même si elles contribuent de plus en plus aux revenus du ménage, on «fait comme ci» l’homme était celui qui contribuait majoritairement aux revenus familiaux.

Isabelle Guérin a également souligné la diversité de la population féminine. Une femme célibataire ou divorcée n’a en effet pas les mêmes contraintes qu’une femme mariée, par exemple.

Aziz Chaker, consultant à l’Agence de développement social (ADS), est revenu sur l’expérience menée par son agence qui, depuis deux ans, réalise une formation de formateurs approfondie sur le concept genre. En effet, les formations en la matière sont aujourd’hui nombreuses, mais elles sont généralement très courtes, très théoriques, et souvent incompréhensibles pour le grand public, a-t-il affirmé. Or, il n’existe pas de boîte à outil magique pour intégrer le genre dans des projets. Le Ministère du développement social, l’ADS, GTZ et l’IFAID ont donc pris le problème au sérieux et ont décidé de faire un programme de longue durée, incluant des sessions de formation, des séminaires de capitalisation et des séances de terrain. Ces formateurs sont aujourd’hui opérationnels.

Enfin, Karima Fettah, de l’Espace Associatif (EA), a rapporté l’expérience de son organisation, qui regroupe une soixantaine d’associations, et qui est en train d’intégrer l’approche genre grâce à l’outil informatique.

Recommandations des participants
L’atelier a été vu par les participants comme une première initiative pour poser les problématiques liées au genre dans le secteur du microcrédit au Maroc. Les participants ont apprécié la qualité, la pertinence et la complémentarité des différentes interventions. Les débats, vifs, ont également permis de faire ressortir que le concept genre est souvent mal compris et que les AMC le confondent fréquemment avec le fait de cibler principalement les femmes. Certaines personnes ont souligné le besoin d’approfondir leurs connaissances sur l’approche genre afin d’arriver à un consensus sur ce thème. En outre, la recherche d’équité entre les hommes et les femmes touche à notre propre représentation des identités et doit donc faire face à une résistance au changement par les individus.

Les deux modèles d’intégration de l’approche genre développé par le Projet Genre en collaboration avec l’Agence de Développement Social et l’Espace Associatif ont permis de découvrir deux expériences concrètes dans le champ du développement économique et social marocain. Ces deux présentations ont suscité un grand intérêt pour pouvoir bénéficier des méthodologies et des outils concrets de diagnostic, de formation et d’évaluation.
Les participants ont enfin noté que la condition sine qua non à une intégration de l’approche Genre dans les associations de microcrédit ne peut se faire qu’à la condition d’un engagement clair et fort à prendre par les directions et les instances de gouvernance de ces mêmes associations. dragonnier2.jpg
 

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