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Histoire

Tétouan, une histoire entre splendeurs et décadences

M'hammad Benaboud et Hafid Zouaki

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L'histoire de Tétouan est une histoire qui a connu plusieurs phases différentes, c'est à dire, des époques de splendeur, ainsi que d'autres de décadence historique. La période romaine a connu la fondation d'une ville, Tamouda et le site de Tétouan est mentionné dans les sources dès le XIème siècle.

L'histoire de l'actuelle ville de Tétouan commence à la fin du XVème siècle avec sa reconstruction par le Grenadin Sidi Ali Al-Mandari dont le nom à la fois historique et mythique est devenu le symbole de la ville. La reconstruction de Tétouan est une conséquence de l'Inquisition et de la politique de la reconquête chrétienne d'Al-Andalous menée par les rois Catholiques Ferdinand et Isabelle.

La fin du XVème et au début du XVIème siècle, Tétouan fut reconstruite par des andalous pour repousser la menace militaire ibérique au Maroc, pays divisé en une multiplicité d'entités politiques indépendantes dans l'absence de tout pouvoir central. L'impact culturel andalou se fait sentir dans son architecture, style de vie, art, etc. Il faut constater le mélange des caractéristiques militaires avec les caractéristiques citadines dans l'architecture. Celle-ci reflète la volonté de développer une vie urbaine sophistiquée tout en la défendant de toute menace extérieure.

La confrontation militaire avec l'Espagne et le Portugal a dominé l'histoire de Tétouan au XVIème et XVIIème siècles. Pour les tétouanais, il s'agissait de se défendre contre l'usurpateur étranger qui avait conquis la plupart des villes marocaines côtières. Les corsaires de Tétouan sont très connus au cours du XVIème, XVIIème et même au XVIIIème siècle comme l'attestent les archives de la Légation Américaine de Tanger. Cette ville a constitué une menace permanente pour les ibériques au cours des XVIème et XVIIème siècles car les navires de guerre tétouanais pouvaient se réfugier dans le port de la ville où ne pouvaient pas entrer les grands navires.

Au XVIIème siècle, Tétouan a connu un véritable essor économique sous les Naqsis à cause de l'occupation des ports marocains par les Ibériques car le port de Tétouan constitue la seule ouverture pour le commerce intérieur marocain entre le Sahara et le reste du Maroc d'une part et la Méditerranée de l'autre. A l'impact culturel andalou et ottoman, vient s'ajouter l'impact européen. La communauté juive tétouanaise a joué un rôle important dans le développement du commerce avec l'Espagne, l'Italie et l'Angleterre.

Les bateaux faisaient Tétouan Gibraltar, Marseille, Alger, Livourne, etc. Le professeur Jean Louis Miège décrit ainsi la splendeur de Tétouan : "Ainsi apparaît en quelque sorte une cité-état qui, véritablement, à sa mesure et à la spécificité marocaine, peut rappeler par certains traits la Florence de la grande époque ou la Venise des Doges." L'originalité de Tétouan à cette époque se traduit par la création d'un style de vie tétouanais, un style d'architecture, un style de broderie et un artisanat florissant. Les palais des gouverneurs de la famille Riffi et autres apparaissent.

Le grand commerce européen avec le Maroc au XVIIème et XVIIIème siècles avait en Tétouan sa porte principale. Il faut enfin souligner l'importance de la présence des consuls à Tétouan en tant que capitale diplomatique du Maroc au cours du XVIIIème siècle. Un intéressant incident diplomatique entre le Maroc et les États Unis à propos de l'embargo maritime américain contre la Libye a mené à l'expulsion du consul américain Simpson de Tétouan par le Sultan alaouite Moulay Slimane et sa déclaration de guerre contre les États Unis en 1802.

A partir du règne du Sultan Moulay Ismaïl, Tétouan est gouvernée par des gouverneurs nommés par les sultans alaouites. Les rapports des Riffis, gouverneurs de Tétouan, avec le pouvoir central étaient bons, mais leur tendance régionaliste s'est manifestée progressivement, ce qui eut pour conséquence une confrontation avec le pouvoir central au XVIIIème siècle. Cette tradition autonomique et régionaliste a continué sous une autre forme, la domination des gouverneurs puissants comme Ali et son fils Ahmad Riffi, Omar Loukache ou Abdelkader Achache.

Le XIXème siècle est un siècle de décadence pour tout le Maroc. Celle-ci est la conséquence directe de la pénétration économique européenne .Il est particulièrement sombre pour l'histoire de Tétouan.

Cette ville a connu la peste de 1800, la grande peste de 1818, la terrible famine de 1825, le siège de Moulay Zaïd en 1822 et surtout, la Guerre de Tétouan de 1860 qui a entraîné l'occupation de la ville par les troupes espagnoles qui se sont retirées en 1862 après le paiement d'une indemnisation qui a ruiné l'économie du pays. La décadence économique de Tétouan a précédé la Guerre de 1860. En 1857, les Espagnols ont noyé plusieurs bateaux à l'estuaire du port de la ville, mettant fin définitivement à ces activités maritimes.


Malgré les conséquences économiques négatives, Tétouan a continué à s'épanouir. Plusieurs palais ont été construits durant ce siècle dont Dar Lebbadi, Afailal, Erzini, les Bricha, les Bennouna et les Benaboud. Ces palais ont gardé leur style andalou-marocain. Cela ne les empêche pas de s'inspirer du style européen en particulier les techniques de construction utilisant des piliers de fer qui se sont substitués aux nombreux piliers qui caractérisaient les maisons du XVIIIème siècle. Le décor européen baroque fut introduit aussi. Le palais Erzini est exemplaire pour illustrer le mariage entre l'architecture andalouse et ottomane avec l'architecture européenne.

Au XXème siècle, Tétouan a connu un nouvel essor politique, économique et artistique en tant que capitale du Protectorat espagnol au Nord du Maroc. La conservation et même le développement de l'architecture et de l'art traditionnel tétouanais doit beaucoup à Mariano Bertuchi, peintre exceptionnel et grand amant de l'art marocain.

Il fonda le Musée Ethnographique Skala et l'École des Arts et Métiers Traditionnels, un véritable joyau qui représente la conservation européenne de l'art andalou à Tétouan.

M'hammad Benaboud et Hafid Zouaki

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