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Actualités

L’Union Euro-méditerranéenne ou le "miroir aux alouettes"

Pr. Saïd Mestiri, Arab Commission for Human Rights

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Après l’échec dûment constaté d’un ‘’Processus de Barcelone ‘’, entamé il y a dix ans dans l’enthousiasme, voici que se font jour d’insistantes sollicitations, ciblant directement les pays du Maghreb.

Elles se disent porteuses d’idées nouvelles pour la gestion du futur de la Méditerranée occidentale et émanent tout particulièrement du président de la République française qui les a développées au cours de sa campagne électorale et lors d’autres instances : (N.Sarkosy - Romano Prodi (Paris 28 mai), avec Zappatero (Madrid le3 1 mai, déplacement à Tunis, juillet 2007 ).


A première vue, ces propositions se présentent, comme un moyen pour le président français d’adouber quelque peu ses prises de position radicales bien connues relatives à l’adhésion de la Turquie à l’U.E., prises de positions qui n’auraient pas encore recueilli l’accord de plusieurs de ses partenaires européens. Le très hypothétique concept de l’U. Euro-méditerranéenne, encore mal défini dans ses contours et dans ses limites, ne serait donc, selon de nombreux observateurs, qu’une tentative supplémentaire destinée à éluder pour un temps le lancinant problème de l’élargissement de l’Europe à la Turquie.


Ces ‘’ ouvertures’’ en direction des pays du Sud étaient d’autant moins convaincantes que jusqu’à présent, il faut bien en convenir, les discours européens, sur les thèmes de la solidarité euro - méditerranéenne ou de l’aménagement de ‘’l’espace humain sous-tendant l’espace économique’’, paraissaient tellement en porte-à- faux avec la réalité qu’ils ne pouvaient susciter la moindre crédibilité. Le déséquilibre économique était tellement flagrant, les dissemblances entre les états démocratiques du Nord et les régimes autocratiques du Sud tellement marquées qu’elles ne pouvaient déboucher que sur un partenariat boiteux.

Ainsi par exemple, promouvoir l’organisation rationnelle des échanges dans cet espace dit‘’privilégié’’ assurant la libre circulation des marchandises, tout en restreignant formellement la circulation des personnes, ne pouvait être considéré que comme une démarche contradictoire supplémentaire et peu viable.

A la vérité, l’image de l’Europe marquant le plus volontiers l’imaginaire des populations maghrébines est celle d’une ‘’Europe forteresse’’, certes très attractive à bien des égards, mais un genre de ‘’Grande Suisse’’ prospère entourée de ‘’banlieues turbulentes et misérables, une Europe focalisée exclusivement sur un objectif double et immuable, la sécurité et le contrôle strict de l’immigration. C’est ce qu’a parfaitement compris, par exemple le secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (U.M.A.), Habib Boularès, lorsqu’il a affirmé lors d’une conférence préparatoire au sommet 5+5, en septembre à Tunis :‘’Il ne faut pas que nous acceptions de n’être qu’une frontière d’une Europe qui veut être sécurisée ’’..


Il s’y surajoute cette incontestable remontée en puissance de l’islamophobie en Europe, entamée après le 9/11, reprenant plus de vigueur depuis Maestricht, et qui nous laisse clairement sur la fâcheuse impression d’une Europe en mal d’identité, cherchant à se définir identitairement par une opposition farouche au monde arabe et musulman ; ‘Comme si être européen c’est d’abord ne pas être arabe, turc ou musulman, à l’extérieur comme à l’intérieur’, c’est selon la formule consacrée : ‘’eux et nous’’.


La stigmatisation de l’Islam servant de stimulateur de l’identité européenne, d’apparition relativement récente, n’a peut-être que des rapports lointains avec l’héritage colonial, mais elle n’affecte pas seulement les couches populaires en Europe. Sa diffusion dans tous les milieux revêt, en certaines occasions, des exacerbations inquiétantes. Iyadh ben Achour évoquant le rôle des civilisations dans le système international dénonce : ‘’la construction contemporaine des figures de l’hostilité et la cristallisation dans le discours politique et juridique des lignes de fractures entre les civilisations au détriment des visions d’appartenance à la même humanité ‘’.

(Iyadh ben Achour :Le rôle des civilisations dans le système international (Bruxelles, Bruylant 2003)

Si donc l’on excepte le petit peuple des candidats à l’immigration qui, souvent au péril de leur vie, tentent de forcer les frontières de la forteresse, ou le petit groupe des hommes d’affaires ‘’pré-sélectionnés’’ par les grandes entreprises européennes et les représentants officiels des offices économiques du Sud, on peut dire que dans leur grande majorit é, les populations maghrébines sont demeurées jusqu’ici peu concernées, largement indifférentes au‘’Fait Euro- Maghrébin’’ et à ses développements.
Une des raisons en est que les partenaires européens avaient eu exclusivement pour interlocuteurs les représentants de régimes autocratiques pour lesquels le respect de la liberté d’expression, les usages démocratiques et la promotion de l’état de droit, se situaient - c’est le moins qu’on puisse dire - au dernier rang des préoccupations. Ces dispositions d’esprit convenaient parfaitement d’ailleurs aux Européens, à partir du moment où elles contribuaient à leur assurer les critères essentiels de la sécurité et de la stabilité. Rarement les représentants authentiques de la société civile maghrébine et encore moins ceux de l’opposition démocratique ont été conviés à prendre officiellement part à ces débats ou à exprimer leur avis de quelque façon que ce soit. N’y a t-il pas là, aussi, à bien y réfléchir, un important motif ‘’d’enlisement et de dysfonctionnement’’ du processus de Barcelone ou des arrangements similaires ?


Il y avait bien pourtant parmi les clauses du Processus de Barcelone une clause politique qui prenait en compte le respect des droits de l’homme et des libertés démocratiques. Mais qui osait en faire état ? C’est à peine si dans la discrétion feutrée des antichambres ministérielles quelques remarques modérées avaient pu être glissées au hasard de la conversation et adressées avec toute la prudence requise à un acteur de second ordre de régimes ombrageux. C’étaient, de plus rares fois, les éclats de voix d’un député européen particulièrement ému et révolté par une iniquité récente, qui avaient défrayé la chronique et tenté de faire bouger un parlement européen peu enclin à écouter de telles interventions considérées ‘’ intempestives’’.

Dans la règle, nous avions eu surtout droit aux déplacements de députés européens ou nationaux, d’hommes politiques, de patrons d’entreprise, souvent à l’invit ation des gouvernements locaux (par exemple : récents déplacements en Tunisie au cours de l’année écoulée, Jean –Pierre Raffarin, Philippe Seguin, Pierre Lellouche ). Leurs passages se soldaient en général par des déclarations lénifiantes louant la bonne gouvernance et les prouesses, voire ‘’les miracles’’ économiques des pays qu’ils visitaient. Elles se terminaient par l’affirmation de leur foi en l’avenir radieux de la coopération euro-maghrébine.

Tout compte fait, le sentiment général qui prévaut maintenant au Sud est que l’Europe, en proie à d’énormes difficultés internes, a ‘’d’autres chats à fouetter’’. Les réalisations concrètes qui vont dans le sens du partenariat Nord-Sud restent limitées, bien en deçà du discours. chef_CH-15.jpg

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