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Les marocains

Enquête, Jeune, cadre sup' et pèlerin à La Mecque

Stéphanie Le Bars, Le monde du 18.12.07

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Mohammed Gherbi est l'archétype d'une nouvelle génération de pèlerins. Avant son départ pour La Mecque, début décembre, cet ingénieur en informatique de 42 ans n'a rien laissé au hasard.
Echaudé par l'expérience de ses coreligionnaires d'Orly, dont une partie avaient été livrés à eux-mêmes en arrivant sur place en 2006, il a tout mis en oeuvre pour échapper aux arnaques organisées, qui chaque année gâchent la chronique du hadj, l'un des cinq piliers de l'islam.

Pour préparer son séjour de quatre semaines, il s'est renseigné sur Internet, a choisi une agence de voyages "de bonne réputation", réservé son voyage sur un vol direct, avant de s'envoler, début décembre, avec un guide qu'il connaît "personnellement". Le tout muni d'une assurance rapatriement. "Avec le hadj, il y a toujours la probabilité que l'on ne revienne pas", précisait peu avant son départ ce père de deux enfants, dans une allusion aux mouvements de foule qui endeuillent régulièrement les temps forts du pèlerinage. C'est à ces conditions qu'il entendait mener "sa quête spirituelle" et réaliser le rêve que caressent l'immense majorité des musulmans de France, qu'ils soient pratiquants réguliers ou non.

Comme M. Gherbi, de 30 000 à 35 000 personnes vivant en France ont cette année pris le chemin de l'Arabie saoudite pour y accomplir les rituels du pèlerinage qui culminent le 19 décembre avec la Fête du sacrifice. Confirmant le succès des pèlerinages de masse, communs à toutes les religions, ce chiffre est en constante augmentation et devrait progresser encore dans les prochaines années. Contrairement à la règle qui prévaut pour les pays musulmans (1 000 visas pour 1 million d'habitants), la France n'est soumise à aucun quota de la part de l'Arabie saoudite.

Parmi les pèlerins, de plus en plus de jeunes Français musulmans et de convertis, issus de classes sociales moyennes et supérieures, côtoient désormais le public traditionnel des retraités, représentants de la première génération d'immigrés. "D'ici à 2010, la tendance va s'inverser et les jeunes seront majoritaires", estime Zakaria Nana, responsable de l'association SOS-Pèlerins, qui milite depuis deux ans pour un assainissement du marché du hadj.

Cette tendance, confirmée par Ouria Shéhérazade Kahil, qui prépare une thèse sur le sujet à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), pourrait avoir des conséquences sur l'économie du pèlerinage mecquois. "Les jeunes de la deuxième génération disposent d'un pouvoir d'achat supérieur et d'un statut social plus contraignant aux yeux des agences de voyages, souligne-t-elle. Leurs demandes vont être plus exigeantes au niveau contractuel et marketing. Les jeunes qui partent veulent par exemple des "kits de pèlerinage" avec l'habit rituel, un Coran, une puce saoudienne pour leur portable, des plans de La Mecque... !"

A terme, cette évolution générationnelle pourrait en outre inscrire le hadj dans le paysage français au même titre que le ramadan : l'absence de cadres d'entreprise durant deux à quatre semaines hors vacances scolaires étant indéniablement plus "visible" que celle de retraités d'origine immigrée. "Mes collègues savent où et pourquoi je pars, témoigne M. Gherbi. On en a discuté, car certains ne savaient pas exactement à quoi correspond le pèlerinage."

Sur le plan spirituel aussi, la popularité du pèlerinage auprès des plus jeunes rompt avec une tradition selon laquelle "on faisait le hadj à la fin de sa vie pour être purifié de ses péchés", comme le rappelle Rachid Aissi, ingénieur à Paris. "En y allant jeune, cela me permet de recadrer le reste de ma vie et d'augmenter ma foi", ajoute ce fidèle de 28 ans. Accessoirement, le pèlerinage est une épreuve physique qui justifie qu'on le fasse lorsque l'on est en bonne santé.

Aujourd'hui, plus que l'aboutissement d'une vie de piété, le hadj est considéré par ces jeunes actifs comme un moment de pause spirituelle. "C'est mieux que les vacances, car pendant un mois on est dégagé de tout souci et on ne pense qu'à une chose : se rapprocher de Dieu", explique Farid Khelifi, un enseignant du Rhône.

Cette nouvelle approche n'empêche pas les jeunes croyants de prendre au pied de la lettre la tradition qui assure qu'"une prière dans la mosquée sacrée est meilleure que cent mille prières dans une mosquée ordinaire" et de rechercher "une proximité géographique avec Dieu et les prophètes", comme l'explique Abdellatif Benzellis, un dessinateur industriel de 31 ans, qui, "après six ans de préparation financière", est parti cette année avec sa femme, ses parents et ses beaux-parents.

Plus ouverts sur le monde que leurs parents, les jeunes musulmans français profitent aussi de ce voyage pour découvrir la diversité de l'islam et de ses courants théologiques, en côtoyant durant plusieurs semaines des fidèles venus de tous les continents. "Pour beaucoup de jeunes qui reviennent à la religion, l'aiguillon, c'est effectivement un certain retour aux origines, car l'islam ne se résume pas au Maghreb", assure Rachid Bouchaïa, un chef d'entreprise de 35 ans, ancien pèlerin. Même si, relativisent ceux qui en sont revenus, l'organisation même du voyage limite les possibilités de se frotter à la société saoudienne et à son rigorisme islamique.

Une fois rentrés, les nouveaux pèlerins partagent en tout cas un objectif commun : y retourner. Cette tendance, en rupture avec les pratiques traditionnelles, constitue une raison supplémentaire de moraliser et mieux organiser ce marché porteur.

Plus d'infos sur le pélerinage de la Mecque
Les chiffres de l’année 2005 et le parcours rituel du pèlerin
Portfolio du pèlerinage à la Mecque
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sources : LE MONDE
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