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Martin Scorsese, sauveur de films

Isabelle Régnier, Le Monde 21.12.07

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Il est devenu un pilier du festival de cinéma de Marrakech, au Maroc, qui a eu lieu du 7 au 15 décembre. Après avoir reçu un hommage en 2006, le réalisateur américain Martin Scorsese a, cette année, donné une leçon de cinéma et proposé deux films en projection sur la place Jamaa El-Fna : son Aviator, qu'il a présenté avec Leonardo DiCaprio, et Transes, un documentaire réalisé en 1981 par le Marocain Ahmed El-Maanouni.
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Le réalisateur américain Martin Scorsese lors d'une séance de photos au 7e Festival international du film de Marrakech (Maroc), le 9 décembre 2007. REUTERS/RAFAEL MARCHANTE

Ce dernier film a été restauré par la World Cinema Foundation, que Martin Scorsese vient de créer et qui vise à restaurer des chefs-d'oeuvre "négligés" du patrimoine mondial, pour beaucoup hors Etats-Unis : des "films célèbres qui ne sont plus projetés et dont il n'existe pas de vidéo ou des films inconnus à découvrir".

C'est la dernière étape du combat que le réalisateur de Raging Bull mène depuis plus d'un quart de siècle pour la préservation du patrimoine cinématographique. En 1979, il est le premier à lancer un cri d'alarme face à la dégradation des négatifs détenus par les grands studios. En 1990, il crée avec d'autres grands d'Hollywood (Clint Eastwood, Francis Coppola...) la Film Foundation qui se consacre à la restauration de classiques comme La Nuit du chasseur, de Charles Laughton, ou Le Fleuve, de Jean Renoir. Dans le calme d'un riad, le cinéaste a répondu, avec son enthousiasme habituel, à nos questions sur sa nouvelle entreprise cinéphile.

Pourquoi avoir choisi Transes comme premier film à restaurer ?

La suggestion est venue de Gianluca Farinelli (le directeur de la cinémathèque de Bologne, qui est aussi, au sein de la fondation, le responsable des films et de la restauration), qui savait que ce film comptait beaucoup pour moi. J'ai trouvé que c'était une merveilleuse idée.

La première fois que je l'ai vu, c'est pendant le montage de mon film La Valse des pantins, en 1981. A l'époque, on montait les films la nuit, et je travaillais avec la télévision allumée. Mon attention a été retenue par les images d'un concert, et le film est passé en boucle toute la nuit. Transes permettait d'entrevoir ce qu'était la vie au Maroc, il donnait une vision de sa culture depuis la base. C'était quelque chose qui venait de la terre et du peuple marocains, pas de la position des classes supérieures. Je suis tombé amoureux de cette poésie. J'ai ensuite acheté la musique, et elle m'a inspiré pour les images de La Dernière Tentation du Christ, que j'ai tourné au Maroc en 1987. Elle est devenue la bande originale de ma vie.

Qu'est-ce qui vous a poussé à créer cette fondation ?

La World Cinema Foundation s'inscrit dans le sillage de l'American Film Foundation, avec laquelle on a fait beaucoup de progrès pour éveiller la conscience de ceux qui ont le pouvoir sur les films, les détenteurs de droits, pour développer l'idée du cinéma comme culture, comme patrimoine. L'idée de cette fondation était de faire travailler ensemble les studios et les archives de film.

Le fait que cette idée pouvait se révéler rentable était important pour les studios, et nous avons proposé qu'ils restent propriétaires de leurs droits, et que deux nouvelles copies soient tirées pour chaque film, une pour eux, et l'autre pour les archives. A ce jour, 480 films ont été restaurés. Récemment, nous nous sommes dit qu'il faudrait poursuivre cette action dans des pays qui n'ont pas les moyens de cette tâche.

Quel est son fonctionnement ?

L'idée est de faire appel à un groupe de cinéastes qui ont le même sentiment, et qui peuvent chacun apporter un ou deux titres de films qu'ils voudraient voir restaurer. Gianluca Farinelli se met alors en quête du négatif, des droits, et détermine ce qu'il est possible de faire. C'est beaucoup plus compliqué qu'à Hollywood, où les droits sont aux mains des studios. Chaque film a son histoire, et chaque restauration est un processus unique. Le but est aussi de lever de l'argent pour aider les archives des différents pays, leur permettre d'accroître leurs capacités de stockage par exemple, ou créer des bases de données.

Que vous inspire le fait qu'il y ait de moins en moins de salles en Afrique ?

J'ai appris qu'En attendant le bonheur, le très beau film du Mauritanien Abderrahmane Sissako, n'était vu qu'en DVD dans son pays, comme Abouna, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun. Je dois aller voir Souleymane Cissé (le réalisateur malien de Yeelen et Waati) au Mali pour parler de la création cinématographique en Afrique. Mais pourrons aussi parler de l'importance de créer une salle de cinéma pour montrer ces films. Cela ne fait pas partie des objectifs de la fondation, mais si nous arrivons à trouver les négatifs et à les restaurer, alors l'exposition des films s'impose comme l'étape suivante. L'exposition, c'est d'abord les festivals, mais la salle vient juste après. Il nous appartient de soulever tous les problèmes. Les résoudre, c'est une autre affaire...

Et le DVD ? 
L'édition DVD et la diffusion sur Internet font partie du plan, ce qui devrait beaucoup nous aider financièrement. Mais le DVD en soi n'est pas un enjeu. Ce qui compte, c'est le négatif ; le numérique ne dure pas.

Propos recueillis par Isabelle Régnier

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