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(..) et de décourager les pays industrialisés avancés de toute tentative visant à défier notre leadership ou à renverser l'ordre politique et économique établi » (5).
La mise hors jeu des Nations Unies et la dénonciation des traités multilatéraux ont pour objet d'étendre toujours plus l'hégémonie des Etats-Unis
Lorsqu'elles ne servent pas leurs intérêts, les lois et Conventions internationales dont ils sont pourtant signataires sont rejetées avec mépris, stigmatisées d'« arguties juridiques ». En fait, tout ce qui peut avoir pour conséquence de circonscrire leur suprématie est considéré par eux comme nul et non avenu.

La précédente Administration Bush avait développé la notion d'« Etats voyous » (rogue states) désignant les gouvernements hostiles aux intérêts américains et qui pour cela méritaient des sanctions unilatérales ordonnées par les Etats-Unis.

Lorsqu'en février 1998, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan parvint in extremis à arracher un accord avec Saddam Hussein, William Clinton déclara que cela n'empêcherait pas les Etats-Unis de répliquer unilatéralement « quand, où et comment ils le décideraient ».

Cette position semblait sans doute trop timorée au sénateur républicain Trent Lott qui reprocha à M. Clinton d'avoir abandonné la politique extérieure américaine « à d'autres », c'est-à-dire aux Nations Unies. La stratégie américaine de contournement des traités internationaux consiste à faire appel aux instances internationales et notamment au Conseil de sécurité de l'ONU pour habiller des vertus du droit international leurs aventures impériales. Par contre, dès qu'il s'agit de se mettre en conformité avec ces mêmes directives, ils refusent de s'y soumettre en arguant de l'invalidité de ces lois.

Des décennies d'aventures impériales
Ainsi, lorsque la Cour internationale de justice de La Haye condamna les USA en 1986 pour « usage illégal de la force » contre le Nicaragua sandiniste, et exigea la cessation du soutien qu'ils dispensaient aux terroristes de la Contra, le gouvernement américain traita cet arrêt par le mépris et décida simplement...de l'ignorer.

Non seulement cette décision que Washington qualifia de « ridicule » resta lettre morte mais l'Etat américain prit aussitôt la décision d'accroître son soutien aux extrémistes de la Contra ! Le secrétaire d'Etat George Shultz résuma ainsi la position américaine : « Le mot négociation est un euphémisme pour capitulation si l'ombre de la puissance n'est pas projetée sur le tapis vert ».

L'article 51 de la Charte des Nations Unies est régulièrement invoqué par les Etats-Unis pour justifier leurs expéditions punitives. Ce fut le cas en 2001 contre l'Afghanistan ainsi qu'en 1989 pour légitimer l'invasion du Panama. Une résolution de l'Assemblée générale condamnant « la violation flagrante du droit international et de l'indépendance, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des Etats » et sommant les Etats-Unis de se retirer sans délai du Panama fut proposée au vote du Conseil de sécurité de l'ONU. Le gouvernement américain y opposa naturellement son véto.

Contre les talibans, Washington parvint à imposer sa propre lecture des textes et à obtenir l'aval des Nations Unies pour ordonner une attaque armée contre l'Afghanistan. En violation du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies qui accorde au Conseil de Sécurité et à son état major la seule responsabilité des plans de guerre, les Américains ont conduit eux mêmes le commandement des opérations. Après avoir imposé un gouvernement à leur solde en la personne de M. Hamid Karzaï, les USA n'ont jamais réalisé les travaux de reconstruction qu'ils s'étaient engagés à mettre en oeuvre en Afghanistan.

En juin 1993, le président Clinton eut encore une fois recours à ce fameux article 51 pour justifier au nom de la « légitime défense » un énième bombardement contre l'Irak. En effet, il fut question d'un mystérieux complot ourdi par le pouvoir irakien deux mois plus tôt en vue d'assassiner l'ancien président George Bush ! Les preuves qu'il prétendait détenir étaient sans doute si irréfutables qu'il ne trouva jamais utile de les produire.

Le gouvernement américain salua l'accession au pouvoir du général Suharto en Indonésie. Clinton présenta comme « un ami de l'Amérique » le dictateur qui expliquait sa notion d'un bon gouvernement par ses mots « on laisse traîner les cadavres, comme une sorte de thérapie de choc » (6).

Bien que les exactions massives, massacres et tortures systématiques du dictateur étaient connues de tous, les Etats-Unis lui accordèrent un soutien massif notamment militaire et cela même après l'invasion en 1975 (dénoncée par l'ONU) du Timor Oriental. L'Ambassadeur américain auprès de l'ONU, M. Moynihan se félicite dans ses mémoires d'avoir rendu les Nations unies « totalement inefficaces ».

Le Soudan fut aussi considéré comme un Etat dangereux car « soutenant le terrorisme ». L'attaque terroriste ordonnée au cours de l'été 1998 par Washington contre un laboratoire pharmaceutique soudanais décrit comme une fabrique d'armes chimiques ne souleva aucunement l'indignation de la communauté internationale. Pourtant, le gouvernement américain reconnaît aujourd'hui qu'il s'agissait bien comme l'affirmait alors le gouvernement soudanais d'une usine de médicaments.

Le fait qu'une grande puissance ait sciemment détruit la moitié de la production de médicaments d'un pays du tiers monde en proie à une guerre civile n'aura pas fait l'objet de la moindre condamnation. La course à l'armement relancée par le président Bush s'accompagne de l'octroi de nouveaux fonds pour la recherche technologique militaire ; ce qui n'est pas sans satisfaire les Lockheed-Martin, Raytheon ou Boeing. Pour l'expert Seymour Melman, « le but stratégique de cet effort est d'assurer l'hégémonie mondiale. C'est une arithmétique du pouvoir ».

Après la Yougoslavie de Milosevic, c'et au tour de l'Irak de subir une attaque non autorisée par l'ONU. Le politologue américain Chalmers Johnson (7) décrit ainsi la situation qui prévaut : « Depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont largement abandonné les outils traditionnels de la politique extérieure - diplomatie, aide économique, droit international, institutions multilatérales - en faveur de rodomontades, de gesticulations militaires et de manipulations financières. Le monde n'en est devenu que plus dangereux ».

Pour lui, les Etats-Unis ne pourront pas éternellement asservir et imposer leurs diktats au monde sans en payer un jour ou l'autre le prix. Et de prophétiser « un retour de bâton » dans un futur proche.
Notes / Bibliographie  :
1) Jesse Helms, « Entering the Pacific Century », Heritage Foundation, Washington, DC, 1996.
2) Cité par Charles Glass, Prospect, Londres, 1998
3) Robin Toner, « Conservatives Savor Their Role as Insiders in the White House », The New York Times, 19 mars 2001
4) Le Monde du 18 mars 2003 « L'Amérique a fait de la recherche une machine de guerre ».
5) Philip Bowring, « Rogue States Are Overrated », International Herald Tribune, 6 juin 2000.
6) « Timor-Oriental, l'horreur et l'amnésie », Le Monde diplomatique, octobre 1999.
7) Chalmers Johnson Metropolitan Books, New York, 2000, 288 pages
Fatiha Kaoues            sources : www.oumma.com
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