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Son souverain le plus prestigieux, Al-Rachide (786-809), est dans toutes les mémoires.

Il est notre Charlemagne, avec lequel il était d'ailleurs en contact.

"La détruire, c'est s'en prendre sciemment à un symbole, nous avilir, et dénote la volonté préméditée et consciente de briser le ressort de notre relèvement et de notre dignité. "
 1700%, c'est le taux d'accroissement des actes anti-arabes et anti-musulmans aux Etats-Unis en 2001, par rapport à 2000, selon Human Right Watch .

Le site de la capitale des Abbassides, fondée par Al-Mansour, plonge ses racines dans les couches les plus profondes de la civilisation et de la culture humaine. Bagdad figure dans un document de l'an 1.800 av. J.-C., document qui remonte à l'époque d'Hammourabi.

« Les architectes dressèrent les plans de la nouvelle capitale dès 758. Mais la construction ne commença qu'en 762. Al-Mansour donna à Bagdad le nom de Ville de la Paix (Madînat al-Salâm). Tel fut son nom officiel, que l'on retrouve sur les monnaies et dans les documents administratifs . »
Autour de la nouvelle capitale se trouvait la cité impériale, la « Ville Ronde » d'un diamètre de 2352 m., traversée par deux axes perpendiculaires, avec une porte monumentale de marbre et de dorures : Bâb al-Dhahab. Mais « la gloire de la Ville Ronde était le dôme vert, de 48,36 m. de haut, qui dominait le palais avec un cavalier au sommet. Il s'écroula en 941 par une nuit de tempête . »
Tous nos poètes, dont les poèmes sont gravés dans nos mémoires, avaient exalté sa beauté, avec ses splendides palais ornés de somptueuses décorations sur les portes, ses maisons bourgeoises d'un luxe inouï et toutes pourvues de bains, ses milliers de mosquées et de bains publics - 1500 recensés en 993 - deux institutions inséparables par les exigences du culte, ses merveilleux jardins qui les faisaient rêver, et sa verte campagne : ils la qualifiaient de « paradis terrestre. »

A son apogée, sa population cosmopolite, où se mêlaient tous les immigrés de la terre, comptait 1.500.000 âmes. On y parlait toutes les langues, et on y coudoyait toutes les ethnies et toutes les confessions. Benjamin de Tudèle, qui visita la ville en 1171, y trouva 40.000 juifs qui possédaient 10 écoles. Mais Bagdad, qui donna à l'humanité l'un des meilleurs exemples de ce que peut produire la liberté intellectuelle et le métissage culturel, fut surtout un prodigieux creuset de civilisation. Il va de soi qu'on ne peut tout citer.
Leclerc écrit : « Le IXe siècle ne s'écoulera pas que les Arabes n'aient en leur possession toute la science de la Grèce, ne comptent parmi eux des savants de premier ordre., et ne montrent dès lors, pour la culture des sciences exactes, une aptitude que n'eurent pas leurs initiateurs, désormais dépassés.»
Et Marc Bergé note : « Les Arabes, par un travail de recherche persévérant et critique, allaient faire gagner quelques siècles au renouveau futur de l'Occident chrétien, et c'est à la splendide ville de Bagdad qu'échut l'honneur d'être le premier creuset d'une science renouvelée . »

Frapper Bagdad c'est frapper notre honneur et notre culture. C'est aussi la poursuite de la politique du cynisme, de l'arrogance et de l'hégémonie. Bush l'Oriental le Père, c'est Scipion l'Africain le Père ; nos princes arabes furent pour lui ce qu'étaient les princes numides pour son devancier ; la Commission Blix est la réplique, ou presque, de la Commission Caton ; le pétrole, c'est la figue ; Bush le Fils, c'est Scipion Emilien, aussi le Fils, avec mission, dans les deux cas, d'achever le boulot commencé par le père.

Même visée à plus de deux millénaires de distance : Delenda est Kartha-go/Delenda est Bagdado. Même discours et même but : Pax Romana/Pax Americana.

Comment ne pas saisir la continuité dans le projet, et la similitude dans les procédés ?

Votre calcul cynique, Monsieur Bush, part du postulat que l'histoire se répète toujours à l'identique pour celui qui a la force de l'infléchir. Parole d'historien, pas si sûr ! N'ouvrez pas si vite la boîte de Pandore. Il peut en sortir des surprises pas forcément agréables pour vous. Je ne vous parle pas morale. Pour vous, sornette pour les autres, pour la galerie, et, au besoin, pour une bonne conscience achetée au Bon Marché. Mais pensez à un Viêt-Nam, pas nécessairement même mouture, un Viêt-Nam à une échelle plus grande,non géographiquement discernable et saisissable, une guerre de cent ans et plus s'il en faut et jusqu'à justice soit faite. Réfléchissez-y !

Croyez-moi. En histoire on ne sait jamais pour qui sonne le glas. C'est le seul argument qui pourrait peut-être vous convaincre. La Corée du Nord est votre meilleure élève. Elle sait vous parler, pas dans le langage de Banno et des bébés irakiens auquel vous êtes insensible, et soyez sûr, elle fera école, sans votre bénédiction, et par vos erreurs.

1- Actualité des Religions, n° 45, Janvier 2003, p. 37. 2- Marc Bergé, Les Arabes , éd. Lidis, Paris, 1978, p. 98.
4- Encyclopédie de l'Islam, I, 922. Histoire de la médecine arabe, Paris, 1876,I, 92.
5- Op. cit. 323-324.

Auteur : Mohamed Talbi

Agrégé d'arabe, spécialiste de l'histoire musulmane médiévale, ancien doyen de l'université de Tunis Mohamed Talbi est notamment l'auteur de :

« Penseur libre en islam », éditions Albin Michel (2002)
« Plaidoyer pour un islam moderne », éditions Desclée de Brouwer (1998)
« Un respect têtu », éditions Nouvelle Cité (1995)


sources : Oumma.com
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