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Histoire

La vie intellectuelle dans la région du Souss

Par Abdelkabir Faouzi

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A l'époque d'Al-Mokhtâr Al-Soussi, le Souss a connu une renaissance intellectuelle importante. Devant son rayonnement, le chercheur soussi peut, sans hésitation aucune, être fier de sa région en la comparant au reste du pays, car les savants soussis ont joué un grand rôle dans la diffusion du 'ilm à cette époque tumultueuse de l'histoire du Maroc.

Ils ont pu préserver l'identité nationale et participer à la diffusion des sciences arabes et religieuses. La plupart des oulémas soussis ont occupé la place d'honneur pour enseigner dans les médersas traditionnelles, et senti la noblesse de leur mission, ce qui les a poussés au sérieux le plus extrême.

 

     Nous notons aussi que les caïds du Souss ont contribué en facilitant la tâche des oulémas matériellement et moralement.

 

      Al-Mokhtâr Al-Soussi en a cité certains : Le caïd 'yâd Al- jirari qui avait transformé sa circonscription en un centre pour les gens du 'ilm et possédait une bibliothèque considérable.  

 

      Le caïd Al-tiyoutî qui, lui aussi, avait apporté son aide aux oulémas de son cercle en rénovant les médersas et en choisissant des fouqaha compétents pour y enseigner les sciences religieuses aux tolba, qui étaient eux aussi sous sa protection.

 

      Il y eut aussi Al-Hadj Ibrahim Ighachî dont la maison devint une sorte de lieu de pèlerinage pour les hommes de science.

 

      En plus de tout ceci, on reconnaît aux oulémas autodidactes du Souss leur participation désintéressée à la quête des sciences au-delà de leur région natale. Ils allaient compléter leur savoir et acquérir les sciences dans les villes du Royaume où étaient enseignées les sciences qui leur manquaient. A tel point que l'enseignement qu'ils dispensaient était plus approfondi que celui des villes, surtout dans les domaines de la grammaire arabe, de la langue et de la morphologie.

 

      En somme, tous les efforts déployés avaient pour but de bien maîtriser la langue arabe qui n'était pas la langue maternelle des oulémas du Souss, et qui constitue l'outil primordial pour l'étude et la compréhension des textes sacrés. La langue arabe constituait pour Al-Mokhtâr Al-Soussi le moyen privilégié qui permettait aux soussis et surtout à l'élite intellectuelle de dépasser le périmètre étroit du Souss.

 

      Al-Mokhtâr Al-Soussi n'a pas hésité à souligner que lorsque les habitants de sa région natale « Ilgh » voulaient exhiber leur supériorité sur les autres tribus, ils s'exprimaient en arabe. Il affirme qu'il se définit par la langue arabe dont il apprécie le style et les métaphores, et non pas par sa langue maternelle. 

 

      Mais, nous devons rappeler que tous les Berbères du Souss ne se préoccupaient pas de la langue arabe. Ils vivaient leur quotidien dans leur langue, en laissant l'élite intellectuelle s'occuper des sciences religieuses.

 

      A notre connaissance, aucun historien n'a rapporté que les oulémas berbères qui ont étudié en Orient, aient imposé aux soussis d'abandonner leur langue maternelle pour la langue arabe afin d'accéder à un Islam crédible et authentique. Au contraire, ils utilisaient le berbère comme moyen efficace pour l'enseignement des préceptes religieux. Les fouqarâ des zaouias n'ont pas fait exception à cette pratique.

 

      L'histoire nous apprend qu'à son retour d'Orient, au VIème siècle de l'hégire, (XIIème siècle de l'ère chrétienne), Mohamed ben Toumart trouva ses compatriotes incapables de mémoriser la sourate Al-fatiha, (la préliminaire ou l'ouvrante), ce que voyant, il compta le nombre de mots de la sourate, et il donna à chacun comme nom un mot de la sourate. Puis il mit ces personnes en rang et leur dit: « Dieu n'accepte de vous la prière que si vous récitez les mots dans cet ordre ».

 

      Al-Mokhtâr Al-Soussi attire l'attention sur le fait que, dans le Souss, il y a deux mondes distincts: Le monde de la « 'âmma » qui est celui de la population analphabète où le respect et la bonne conduite font défaut, et celui de la « khâsa » représenté par les lettrés et ceux qui maîtrisent les sciences religieuses, lesquels sont respectés et vénérés en tout lieu grâce au savoir et au pouvoir dont ils bénéficient. 

 

        Mais malgré cette distinction observée dans le domaine intellectuel, la vie quotidienne imposait aux gens des relations inévitables dans ce contexte socioculturel et en berbère.

      

On ne saurait négliger un facteur qui eut son importance et qui permit à ces deux groupes de reconnaître et d'affirmer leur solidarité. Il s'agit des incursions étrangères dans la région, depuis l'arrivée des Portugais sous la dynastie des Sa'adiens jusqu'à la pénétration française. Ce facteur a engendré au fil des siècles, des manifestations de résistance militaires, politiques, intellectuelles et populaires, exprimées de différentes manières, même à travers les chants.


Sources :  Thèse de Doctorat :
L'ENSEIGNEMENT ET L'ÉDUCATION DANS L'ŒUVRE DE MOHAMED AL-MOKHTAR AL-SOUSSI
RÉGION DU SOUSS (XXème SIÈCLE)

PAR  ABDELKABIR FAOUZI
En 2003

Consulter l'intégralité de la thèse : www.artsouk.com/Docs/these_body.htm
Site de L'université Lille 3

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