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Aux XIX° - XX° siècle, cet usage de revêtir de métal (fer, laiton...) les portes d'extérieur s'appliqua ainsi aux palais et grandes demeures des princes et des pachas, comme il en existe à Fès (Revault, Govin et Amahan, 1992), sans doute par souci de sécurité accru.

Dans le domaine du mobilier liturgique, des pièces de lustrerie médiévale de facture excellente ont été exécutées. La plus ancienne est le lustre de la Grande Mosquée al-Qaraouiyin, réalisé entre 6O6 (Hégire) /1209(J.-C) et 616(Hégire) /1219 (J.-C) .Au XIV° siècle, le chroniqueur Al-Gaznaî énonce : " Le travail de ce lustre est tel qu'il serait impossible aujourd'hui d'en faire un semblable ". Décrivant ce grand lampadaire, il en estime le poids à 17 quintaux et un quart et la circonférence de base à 32 empans. Les luminaires variant, selon les chroniqueurs, de 509 à 520, ne manquèrent pas d'impressionner les poètes ni de préoccuper, soixante dix ans plus tard, la cadi voir le sultan. (Al-Gaznaî, 1923, 132-133)

 

La structure de ce lustre est un cône à gradins comptant plusieurs couronnes de godets à huile. Son armature intérieure constituée d'une coupole à douze pans, s'achève par une coupolette lobée. La base dodécagonale est reliée à la couronne inférieure par des consoles florales. Des panneaux à arcatures florales ajourées de motifs végétaux s'y insèrent. La couronne inférieure comporte douze segments -trapèzes curvilignes- ajustés, délimités par une triple bordure circulaire : un bandeau floral entre deux inscriptions cursives de facture différente. Le luxe décoratif des panneaux de la couronne démontre que le mobilier n'avait pas obéi aux normes d'austérité de l'esthétique almohade. La flore lisse, découpée dans le métal et à deux échelles différentes, est traitée sur le mode du XlIl° siècle.

 

 

Le lustre de la Grande Mosquée de Taza (Terrasse, in B.A.M,1976, 192-197,PL.V , VII, IX et X), daté par une inscription circulaire intérieure de 694(Hégire) /1294-1295(J.-C) est une commande du prince Mérinide Abû Yaâqub Yusuf. Les chroniqueurs soulignent le caractère exceptionnel de ce lustre, le plus grand de tout l'Islam (4m de haut et 2,50m de large), son poids (32 quintaux), le nombre de ses calices ou godets à huile (500) et son coût (8000 dinars). Il est habilement structuré tant dans sa constitution que dans son décor. A la coupole, la flore est découpée à jour et ciselée.

 

Le lustre de Fès Jdid (1280 J.-C) pesant 715 livres et doté, selon la chronique, de 280 godets, est dodécagonal comme celui de la Grande Mosquée al-Qaraouiyin, mais de structure plus simple : le cône ne compte que 8 couronnes de godets. Cette pièce mobilière de transition apparaît davantage marquée par l'empreinte du décor almohade. Ces lustres du XIII° siècle Mérinide où l'on voit l'annonce de tendances qui règneront au XIV° siècle dans le répertoire mobilier et dans celui architectural -la géométrisation du décor- confirment ce que le lustre almohade fasi nous avait révélé : le répertoire mobilier est en avance sur le décor architectural.

 

A ces meubles, on peut joindre des pièces du XIV° siècle, dont le lustre de la madrasa Attarin et d'autres lustres de mosquées dont certains sont des cloches " captives " (trophées) aménagées sous les Mérinides. Citons celle provenant de Gibraltar, mise en place au milieu de chaoual 737(Hégire) / Mai 1337 (J.-C) à la Grande Mosquée al-Qaraouiyin (Terrasse, 1968, 66, Pl. 116 et 117).

 

Les bronziers et dinandiers actuels de Fès et de MarraKech dotent encore leur production d'une pureté de forme, d'une vigueur de ligne et d'une sobriété ornementale. Certaines œuvres du maître Abass Marrakchi de Fès n'ont rien à envier au célèbre lustre de Taza, si ce n'est l'âge.

 

L'art du cuivre au Maroc, s'est exercé dans le mobilier à travers différentes catégories d'objets relevant de fonctions différentes, s'échelonnant du XIV° au XX° siècle:

 

Au domaine de la religion appartiennent les mesures d'aumône en cuivre ou en laiton, vases de forme cylindrique dans lesquels on mesurait les céréales.Leur décor est emprunté à la flore, à I'architecture et à l'épigraphie.Les inscriptions cursives, cantonnées à l'intérieur d'arcatures de belle venue, reproduisent des généalogies qui garantissent que le calibre de ces mesures est conforme a à celui fixé par le Prophète.

 

Ces pièces, dont les plus anciennes datent du XIV° siècle, se signalent par la finesse de leur décor végétal.

On peut leur joindre les astrolabes utilisés pour l'étude des problèmes astronomiques, astrologiques et de religion. Ces instruments scientifiques allient à la rigueur de la précision, la beauté d'une écriture dite coufique astronomique.

 

Illustrant le domaine des sciences, les coupelles de pharmacie ou bien encore les bols prophylactiques en laiton dans lesquels on servait à boire aux femmes ayant accouché, sont encore réalisés.Les plus anciens (XIX° siècle) ornés sur la face interne, de versets coraniques, et sur la face externe, de signes zodiacaux témoignent des liens qui existaient entre les spéculations magiques, astrologiques et la religion.

 

L'art du cuivre est également représenté:

par le mobilier de réception -plateaux à thé et plateaux à bstila (feuilleté au pigeon ou au poulet), bouilloires, théières et cafetières, lance-parfums, brûle-parfums, porte tajines, samovars... le luminaire (chandeliers, lampes...)  et toute une catégorie d'objets relevant du soin du corps (seaux de hammam , lave-mains, distillateurs...)

sans oublier les ustensiles de cuisine (chaudrons, mortiers, marmites...)

Ces objets de dinanderie d'une extrême sobriété -au rebours des pièces orientales- font appel à des techniques diversifiées : le martelage en godrons ou à pans coupés, le repoussage, le découpage à jour, la gravure au burin, et la damasquine, certes plus rare et plus précieuse.Le décor procède essentiellement de la flore.

 

Texte de Catherine CAMBAZARD-AMAHAN.

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