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Histoire

Les Grandes énigmes du Maroc

Lejournal-Hebdo.com / Décryptage

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Quelle est la vérité sur Aix-les-Bains ?
« L'indépendance dans l'interdépendance ", tel était le compromis proposé au Maroc par Edgar Faure, président du conseil français, lors de la conférence d'Aix-les-Bains en septembre 1955. Le royaume était alors encore sous le joug du Protectorat français et le Sultan Mohammed Ben Youssef toujours en exil.

À la table des pourparlers figuraient le parti de l'Istiqlal, représenté notamment par Mehdi Ben Barka, Omar Benabdejalil, Abderrahim Bouabid ou encore M'hamed Boucetta. Le Parti pour la Démocratie et l'Indépendance (P.D.I.) a également participé aux entretiens d'Aix-les-Bains. S'agissant de la délégation française, elle était composée d'Edgar Faure, Robert Schuman, Pierre July ainsi que d'autres membres du gouvernement. Quant aux " invités ", certains chefs traditionnels marocains, fidèles alliés du Protectorat, ils étaient également conviés à négocier l'indépendance du Maroc. La préséance leur sera d'ailleurs accordée, à la grande déception des istiqlaliens. Si le sort immédiat du Maroc s'est en grande partie joué pendant la conférence, son avenir en tant qu'Etat indépendant a également été soigneusement préparé par l'ancienne puissance protectrice.

La France, depuis longtemps convaincue de la nécessité d'accorder au Maroc son indépendance, a essentiellement consacré ses efforts à ménager ses intérêts économiques et ceux de ses clients passés (notables parmi lesquels figuraient plusieurs caïds et pachas). Le destin du nouvel Etat indépendant se serait dessiné durant la conférence d'Aix-les-Bains. Officiellement, les négociations ont abouti à un accord : le Sultan fantoche Ben Arafa abdiqua, le Sultan légitime Mohammed Ben Youssef rentra d'exil et le Maroc fut proclamé indépendant lors de la déclaration de la Celle-Saint-Cloud. Officieusement, Aix-les-Bains fut peut-être le premier acte néo-colonialiste de la part de la France.

Hassan II a-t-il participé à l'opération Ecouvillon ?

Au lendemain de l'Indépendance, le Maroc comptait encore sur son territoire de nombreuses zones de résistance. Celles-ci pouvaient à terme déstabiliser la monarchie. Pour cette raison, le régime n'hésita pas à recourir à l'aide des ennemis d'hier, les puissances coloniales françaises et espagnoles. L'objectif était de mettre fin à la résistance de l'Armée de Libération du Sud.Quelques jours seulement au début de l'année 1958 ont suffi à la force armée alliée (F.A.R., Espagne et France) pour " pacifier " la région où se trouvaient les membres de l'A.L.S. L'opération aurait été d'une atrocité sans nom, à l'image de la pacification coloniale des débuts du Protectorat.

L'implication du Prince Moulay Hassan dans l'opération
Ecouvillon ne ferait pas de doute selon certains spécialistes. Car immédiatement après la fin des combats, le Prince héritier s'est vu rétrocéder par l'Espagne la région de Tarfaya. Une alliance et une méthode coloniales auraient donc permis au régime de conforter durablement son ascendant sur des poches de résistance difficiles à contrôler. La Résistance a d'ailleurs progressivement été anéantie entre 1956 et 1960 au profit d'une nouvelle logique d'intérêts. Désormais, la monarchie marocaine allait s'appuyer sur des réseaux de clans féodaux, nettement plus en accord avec ses aspirations. L'ancien mouvement national sera la première victime des premières années de l'indépendance du Maroc.

Qui a déclenché la « guerre des sables ? »

En octobre 1963, le Maroc et l'Algérie entrent dans une longue période de conflits territoriaux et diplomatiques. A l'origine des rivalités : les frontières transformées par plusieurs décennies de colonisations française et espagnole. Jusqu'à aujourd'hui, chacun des deux pays a sa propre version des événements qui se sont déroulés en 1963. Selon le Maroc, l'Algérie aurait déclenché la " guerre des sables " dès le mois de septembre lorsqu'elle décida d'envoyer des troupes et des chars à Tarfaya afin d'inciter la population à se révolter contre l'autorité du roi. L'armée algérienne aurait dans le même temps attaqué plusieurs avant-postes du territoire marocain. L'Algérie, de son côté, a attribué au Maroc la responsabilité du déclenchement de la " guerre des sables " car l'armée royale, dirigée alors par le général Driss Ben Omar, aurait établi des garnisons le long de la frontière contestée.

Le conflit 
algéro-marocain a atteint son paroxysme le 25 octobre 1963 lorsque le Maroc captura environ 200 soldats Algériens dans la région de Hassi-Beida. Toute la médiation de l'empereur d'Ethiopie, Hailé Sélassié, a été nécessaire pour apaiser les tensions et décider d'un cessez-le-feu bilatéral le 30 octobre à Bamako (Mali). Il n'a en réalité été effectif que quelques jours plus tard, après de violents accrochages dans la région de Figuig. " La guerre des sables ", aux responsabilités partagées mais non reconnues, a été la base des futures hostilités sur un problème encore plus délicat, celui du Sahara.

Qui fut vraiment Cheikh El Arab ?

Ahmed Agouliz était Cheikh El Arab. Un simple militant du mouvement national devenu l'icône d'une génération de déçus de l'indépendance du Maroc, celle qui a vécu terriblement les premières années post 1956. Qualifié souvent de rebelle ou de révolté, Ahmed Agouliz était l'un des fondateurs du mouvement de Résistance dans le Souss et membre de l'Armée de Libération. Cheikh El Arab était son pseudonyme le plus connu mais il en avait plusieurs autres. Son identité devait rester la plus floue possible car il était une cible très recherchée de la police marocaine, notamment à cause de son implication dans le " complot de 1963 ".

A ce propos d'ailleurs, il avait été condamné à mort par contumace suite à un procès
historique par le nombre d'accusés (plus d'une centaine), au début de l'année 1964. Homme de terrain plus que de paroles, Cheikh El Arab était persuadé de l'utilité d'agir par la force pour renverser un régime dont il redoutait l'autoritarisme. Il estimait aussi que le Maroc n'était indépendant que dans les textes, que peu de changements avaient été opérés depuis 1956 afin de lui assurer une véritable indépendance. Devenu membre de l'U.N.F.P. (Union Nationale des Forces Populaires) à la fin des années cinquante, Cheikh El Arab était issu de la frange la plus radicale du parti. Il a finalement été tué par les forces de police le 7 août 1964, après une cavale de plusieurs mois.

Qui voulait de Omar Khattabi comme Président du Maroc ?

Le destin de Omar Khattabi, neveu du leader rifain Abdelkrim, aurait pu aussi s'installer dans la mémoire collective des Marocains, mais pour des raisons différentes. Le premier a failli devenir Président de la République du Maroc, si le coup d'Etat militaire de 1972 avait atteint son but. Tandis que le second a dirigé une république, celle du Rif, mais sans la prétention d'étendre son autorité sur l'ensemble du Maroc. Deux époques très différentes séparent le neveu et l'oncle. Omar Khattabi n'avait rien de l'opposant au régime jusqu'à ce qu'il rencontre en 1969 le lieutenant-colonel Amokrane, l'un des futurs protagonistes du putsch contre le Boeing royal ourdi par le général Oufkir. Certains des organisateurs de l'attentat auraient été favorables à ce que Omar Khattabi devienne le premier Président du Maroc dans le cas où le régime monarchique serait renversé grâce au coup d'Etat. Dans le cas aussi où Oufkir n'aurait eu aucune intention de gouverner, ce qui semblait improbable de la part du principal instigateur du putsch. L'histoire de Omar Khattabi, simple médecin au départ, est aussi énigmatique que les prétentions qu'auraient eues certains officiers et civils à le placer à la tête d'une république au Maroc.

N'était-il pas uniquement l'élément nécessaire d'un accord entre les différents prétendants au renversement du régime de Hassan II.

Lyautey a-t-il « créé » la monarchie ?

Le Maroc indépendant a largement puisé dans l'héritage lyautéen. D'ailleurs, si l'on devait retenir une influence majeure des quarante-quatre années de Protectorat français, l'action de Hubert Lyautey, en tant que Résident général (1912-1925), aura certainement été la plus forte. Monarchiste revendiqué, le grand Maréchal n'a jamais caché son admiration pour le système makhzénien. Il a même inscrit son action de sorte que le Makhzen et ses pratiques soient maintenus et perpétués. Lors d'une allocution à l'adresse des Chefs Indigènes venus le saluer à Fès le 9 octobre 1916, il déclara : " Avant toute chose, la puissance chérifienne a été rétablie dans son éclat (…) Le Makhzen fortuné, les chefs héréditaires et les pachas forment autour de lui comme une éclatante couronne de joyaux précieux, et vous savez tous avec quel soin je m'attacherai toujours, ainsi que tous ceux qui collaborent avec moi, à ce que les rangs et les hiérarchies soient conservés et respectés, à ce que les gens et les choses restent à leurs places anciennes, à ce que ceux qui sont les chefs naturels commandent, et à ce que les autres obéissent
". La méthode de 
Lyautey consistait à préserver les coutumes et les règles makhzéniennes. Il s'attacha à maintenir au mieux les institutions traditionnelles de l'Empire chérifien. Ainsi a-t-il peut-être sauvé la dynastie alaouite, sur le déclin, le trône, voire même l'unité du Maroc.

Quelle était l'implication de la gauche dans le putsch de 72 ?

En 1972, la crise institutionnelle marocaine était à son paroxysme lorsque le régime fut menacé de disparition par un second coup d'Etat. Un an après celui de Skhirat, l'armée allait de nouveau être  à l'origine d'un putsch militaire. Le 16 août, le Boeing 727 qui ramenait le roi Hassan II au Maroc après une visite en France, a été attaqué par quatre avions de chasse marocains. L'opération contre le Boeing royal, dirigée par le Commandant Kouera, un haut gradé des Forces armées royales (F.A.R.), aurait été directement organisée par le général Oufkir. Celui-ci était alors ministre de la Défense nationale et major- général des F.A.R. Le lendemain du coup d'Etat, la presse et la radio marocaines ont annoncé le suicide du général Oufkir avant de révéler quelques jours plus tard son implication dans le coup d'Etat.

Si celle-ci ne faisait aucun doute à l'époque, la complicité de la gauche marocaine était nettement moins vérifiée. Des décennies après le putsch, Oufkir en demeura le seul instigateur officiel reconnu par le régime. Or au mois de novembre 2000, Fqih Basri révéla, dans une lettre, l'implication de l'U.N.F.P. dans la conjuration d'août 1972 contre le roi. Si le Premier ministre d'alors, Abderrahmane Youssoufi, rejeta catégoriquement la révélation de Fqih Basri, il n'empêche que cette dernière a fait l'effet d'une bombe dans le paysage politique marocain et dans l'opinion publique. La gauche marocaine, longtemps opposée au régime, devenait subitement l'alliée de son ennemi le plus féroce de l'époque : l'armée.

Qui a trahi les guérilleros de 1973 ?

Le 3 mars 1973, jour de la fête du Trône, de graves incidents ont lieu dans le Moyen et Haut-Atlas. Mohamed Bennouna, chef de plusieurs bandes armées, lança une insurrection dans ces régions montagneuses du Maroc, notamment à Moulay Bouazza et Goulmima. L'insurrection et ses déclencheurs, des guérilleros marocains, ont été contenus et réprimés avant même qu'ils n'aient le temps de mettre en place des focos (foyers) révolutionnaires. En moins de deux jours, le soulèvement de mars 1973 tourna court. Il eut par la suite de graves conséquences puisque plusieurs membres de la branche de Rabat de l'UNFP auraient été directement impliqués dans cette affaire. Parmi les 180 personnes inculpées, figuraient des personnalités importantes de la gauche marocaine : Fqih Basri, A. Youssoufi, M. Elyazghi.

Le parti fut accusé, quant à lui, d'avoir servi de " couverture à une activité clandestine,
subversive et illégale ". Si ce qu'on appela le " complot du 3 mars " fut déjoué par le régime, plusieurs interrogations subsistent quant aux causes de l'échec d'un soulèvement préparé minutieusement durant plusieurs mois. La trahison ne fait aucun doute. Si ses auteurs sont également connus mais non avérés, la question se pose de savoir quelle raison les a poussés à mettre fin à la dernière tentative de lutte armée contre le régime. Passée de l'option révolutionnaire à l'option démocratique, la gauche socialiste a-t-elle troqué son militantisme d'opposition contre une accession effective dans les arcanes du Pouvoir ?

Qui a provoqué les émeutes de Casa 1981 ?

Des grandes énigmes de l'histoire récente du Maroc, celle des émeutes de 1981 demeure aujourd'hui encore inexpliquée par le Pouvoir. Elle est également l'une des plus meurtrières, car le 20 juin de cette année-là, plus d'une centaine de Marocains ont été tués à Casablanca. Ce jour-là, les manifestants se sont transformés en émeutiers incontrôlables que seule la répression par les forces de l'ordre pouvait contenir.

La cause première de l'agitation était la hausse brutale des prix des denrées alimentaires de base (30%). Une augmentation inacceptable pour les milliers de manifestants qui ont décidé d'investir les rues casablancaises pour crier leur colère et leur inquiétude. Débordées par l'ampleur de l'événement, les forces de l'ordre ont-elles largement dérapé en raison de la violence des émeutiers et d'un effectif insuffisant, ou ont-elles suivi à la lettre les ordres de leurs supérieurs ? Le ministre de l'Intérieur de cette époque, Driss Basri, aurait ordonné et dirigé personnellement les opérations de répression.

Celles-ci ont
été marquées par des tirs appuyés sur la foule et le nombre exact de tués est toujours inconnu. Les responsables de la ville et des forces de sécurité se rejettent encore la responsabilité des émeutes de 1981. Un ancien capitaine de gendarmerie a affirmé récemment que Basri aurait ordonné de « réprimer les émeutes par tous les moyens ». A quand le jugement des coupables de ce que les familles des victimes considèrent comme « un crime contre l'humanité » ?

Le Maroc voulait-il la bombe atomique ?

Qu'on le croit ou non, le Maroc a bien tenté d'avoir sa propre bombe atomique. Les faits remontent à 1980, quand, embourbé dans la guerre du Sahara, le royaume est à court d'idées. Un vague Institut International des Innovations, une sorte d'entreprise spécialisée dans le conseil technique (ingénierie, travaux publics, industrie lourde, armement...) démarche les officiels marocains. Ses responsables auront une rencontre avec un diplomate marocain à Paris qui est en fait un officier de la DGED rattaché à l'ambassade du royaume à Paris et dépendant directement du général Ahmed Dlimi. L'idée était de vendre aux Marocains un système électronique d'alarme et de destruction au Sahara dont le coût est estimé à un peu plus de douze millions de dirhams. Les Marocains rejettent le projet "Méduse" mais restent en contact avec l'institut.

Ce dernier ne lâche pas prise et soumet, ni plus ni moins, un projet de
fabrication d'une bombe atomique et sa livraison, clés en main, au royaume. Ahmed Dlimi, l'homme fort du régime à l'époque, prévenu sur-le-champ, en informera-t-il le roi ? Personne ne peut l'affirmer. Et c'est Moussa Saâdi, le ministre de l'Energie et des Mines, qui prend en charge les négociations. Le coût de la bombe est estimé à près de 30 millions de dollars dont une partie concernant l'étude de faisabilité aurait même été payée. L'équipe de Becker se déplace-t-elle alors en décembre 1980 pour présenter son projet en haut lieu ? Encore une fois, personne ne peut le dire.

Le projet n'aboutit pas et pour cause, les experts de l'institut seront pris en flagrant délit alors qu'ils tenaient des propos douteux sur le projet et sur la crédulité des Marocains. Ces derniers ne donneront pas suite mais reprendront attache avec l'institut quelque temps plus tard. Leur tentative sera vaine puisque l'établissement avait entre-temps été mis en liquidation judiciaire à cause de certains marchés passés en Afrique noire. Le rêve marocain d'avoir une bombe atomique se serait-il réalisé autrement ? Rien n'est moins sûr.

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