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Actualités

Art et Architecture Berbères du Maroc

Auteur : Salima Naji

Réf : 654

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Extrait du livre "Art et architectures Berbère du Maroc" de Salima NAJI

“L’agonie de certains monuments est plus significative encore que leur heure de gloire. Iles fulgurent avant de s’éteindre”. Jean Genet, poète, dramaturge et romancier.
Jadis répandu dans toute l’Afrique du Nord, l’art berbère n’est plus désormais représenté que dans le minuscules territoires dont, au Maroc, le Rif, l’Atlas et les oasis du Sud. Il est donc l’un des représentants d’une culture réduite tendant à disparaître, mais qui est rattacher à la grande famille de la Berbère. Les arts berbères sont généralement dépréciés dans les études qui révèlent souvent deux types d’attitude : soit un dénigrement de ce que l’on se refuse d’accepter comme artistique, soit, devant la beauté des pièces, une comparaison avec l’art occidental abstrait.

Ces deux figures du dénigrement ou de l’assimilation prouvent combien cet art est méconnu, et la remarque peut s’étendre à la Berbérie tout entière. Une évidence s’impose d’emblée lorsque l’on consulte les bibliographies : il n’existe pas de catalogue descriptif des œuvres berbères de l’Afrique du Nord, alors qu’il en existe pour la plupart des régions du monde ; l’histoire de cet art est tout aussi inexistante, de même que celle de ses artisans. Quant aux ouvrages, il révèlent les objets et les paysages par de magnifiques photographies, mais généralement aucune étude ne leur est associée. Il faut donc réexaminer les œuvres et esquisser des outils théoriques capables de dégager des notions appropriées à cet art.

Tout art non occidental possède en effet une esthétique particulière et des critères propres ; pour tâcher de les retrouver, il faut aller à la rencontre des  «autochtones» - artisans mais également femmes et hommes du commun-et essayer avec eux de reconstruire leur rapport à l’art. IL faut laver les œuvres et l’art berbères du regard que l’on porte habituellement sur eux, tenter de les définir dans leur singularité, et ne plus les passer au crible de jugements extérieurs. La recherche présentée ici ne porte que sur le Maroc subatlassique présaharien, elle ne serait donc qu’une section du catalogue descriptif idéal des œuvres berbères, que seul le travail d’une équipe de chercheurs pourra honorer.

Relativement méconnu, l’art berbère a longtemps été, sinon méprisé, tout au moins minoré. D’aucuns le jugèrent «hybride», «décadent» - il est vrai qu’il a été mis au jour dans la période charnière de la colonisation -, d’autres virent encore, dans la «rudimentaire simplicité» d’une «décoration peu variée», la «marque d’un style général», mais comment définir ce style général ?

Comme le reflet «du conservatisme obstiné de la vie berbère, à l’architecture élémentaire», d’une «beauté rude et simple mais toujours empreint d’élégance et de fierté ». Pourtant, les œuvres étonnaient ; au-delà de la monographie sur les bijoux ou sur les tapis, il est arrivé qu’on accorde à cet art-qui n’avait encore qu’un statut de «décor»-le droit à la beauté : «Dans son apparente simplicité, le décor berbère cache une véritable fertilité d’invention». Discours paradoxal qui, présentant le pays comme un Moyen Âge, reste néanmoins fasciné par une beauté poignante, indéniable ; conjointement s’échafaudent de vastes théories des origines.

Henri Terrase écrit en 1938 : «L’architecture qui vit encore aujourd’hui dans les oasis marocaines était, à la fin du XIII° siècle, entièrement formée. Elle avait gardé les tours et les murs obliques que l’Egypte ancienne répandit aux confins du désert en Asie et en Afrique.

Rome lui avait donné tous les plans de ses édifices. L’Islam enfin l’ornait des décors géométriques qu’il avait reçus de la Mésopotamie de la Perse. Toutes les civilisations qui ont marqué le monde berbère ont laissé leur trace dans l’architecture des oasis». La synthèse parfaite d’une histoire rêvée de l’architecture montre les engouements des années coloniales pour cette région du monde et témoigne d’intuitions plus que de  démonstrations. Là encore le propos est double et l’art ne cesse d’échapper à la grille esthétique qui lui est artificiellement appliqué.

Le livre d’André Paris paru treize ans plus tôt et présentant un nombre considérable de planches fort intéressantes ramenées du «rude et âpre» Haut Atlas n’a pas su se dégager de l’esprit de son époque: le texte accompagnant les images est extrêmement bref, le peuple considéré y est présenté comme quelque peu arriéré, à travers son art il apparaît comme primitif, quoique surprenant parfois. Dans ces mêmes années, il est très révélateur que les illustrations du livre de Terrasse et Hainaut -livre qui présente pour la première fois au grand public les arts berbères- aient été réalisées à la gravure sur bois, mode de présentation qui évoque la perception que l’on avait alors de l’Afrique (ou du «primitif» en général) au niveau du graphisme (spontanéité, épaisseur du trait, etc.) et qu’en même temps ces gravures soient «artistiques» puisque signées par un artiste ou un homme considéré comme tel par son époque.

La découverte des  arts berbères a été décrite dans les perspectives  comparatistes. Elle s’est faite pour les uns par rapport à l’art islamique des villes – ce qui n’est pas tout à fait juste. Pour les autres, nourris de totémisme, elle s’est faite par rapport à l’art africain tel qu’il était encore perçu dans les années trente. Rudesse du style, art tribal, violence et sexualité fantasmée remplaçaient donc pour d’autres l’orientalisme des premiers qui lui cherchèrent des liens avec la mythique Mésopotamie ou l’Egypte ancienne (Terrasse). Les recherches s’appliquaient constamment à trouver à cet art des origines exogènes et à lui refuser toute spécificité locale ?



Ce refus d’un art endogène perdure parfois jusqu’à aujourd’hui. S’il est évident qu’il y a eu des emprunts, des influences, des échanges, cela ne dénie pas une spécificité locale. Ce discours aussi contradictoire que passionné a donc perduré jusqu’aux années de l’après-décolonisation.

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